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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE II, SCÈNE VI. 555

POLYEUCTE.

J'attends tout de sa grâce et rien de ma foiblesse.

Mais, loin de me presser, il faut que je vous presse !

D’où vient cette froideur ?

MARQUE.

Dieu même a craint la mort.POLYEUCTE.

Il s’est offert pourtant; suivons ce saint effort;

Dressons-lui des autels sur des monceaux d’idoles.

Il faut (je me souviens encor de vos paroles)

Négliger, pour lui plaire, et femme, et biens, et rang ;Exposer pour sa gloire et verser tout son sang.

Hélas! qu’avez-vous fait de cette amour parfaiteQue vous me souhaitiez, et que je vous souhaite?

S’il vous en reste encor, n’êtes-vous point jalouxQu’à grand’peine chrétien j'en montre plus que vous ?

MARQUE.

Vous sortez du baptême, et ce qui vous anime,

C’est sa grâce qu’en vous n’affoiblit aucun crime ;

Comme encor tout entière, elle agit pleinement,

Et tout semble possible à son feu véhément :

Mais cette même grâce en moi diminuée,

Et par mille péchés sans cesse exténuée,

Agit aux grands effets avec tant de langueur,

Que tout semble impossible à son peu de vigueur :

Cette indigne mollesse et ces lâches défensesSont des punitions qu’attirent mes offenses;

Mais Dieu, dont on ne doit jamais se délier,

Me donne votre exemple à me fortifier C

Allons, cher Polyeucte, allons aux yeux des hommes

Braver l’idolâtrie et montrer qui nous sommes;

Puissé-je vous donner l’exemple de souffrir,

Comme vous me donnez celui de vous offrir!

1 II fallait pour me fortifier. J’ai cru apercevoir dans le public, auxreprésentations, une secrète joie que Polyeucte allât commettre cetteaction, pareequ’on espérait qu’il eu serait puni, et que Sévère épouse-rait sa femme. En effet, c’est à Sévère qu’on s'intéresse ; et le publicprend toujours, sans qu’il s’en aperçoive, le parti du béros amantcontre le mari qui n’est pasjiérp*. pY.iI.

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