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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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38Ï

ACTE IV, SCÈNE VI.

L’effet est bien douteux de ces métamorphoses.

Les chrétiens n'ont qu’un Dieu, mailro absolu de tout,

De qui le seul vouloir lait tout ce qu’il résout :

Mais, si j’ose entre nous dire ce qu’il me semble.

Les nôtres bien souvent s’accordent mal ensemble ;

Et, me dût leur colère écraser à tes yeux,

Nous en avons beaucoup pour être de vrais dieux.

Enfin chez les chrétiens les mœurs sont innocentes.

Les vices détestés, les vertus florissantes;

Ils font des vœux pour nous qui les persécutons 1 ;

Et, depuis tant de temps que nous les tourmentons,

Les a-t-on vus mutins? les a-t-on vus rebelles?

Nos princes ont-ils eu des soldats plus fidèles?

Furieux dans la guerre, ils souffrent nos bourreaux ;

Et, lions au combat, ils meurent en agneaux.

J'ai trop de pitié d’eux pour ne les pas défendre.

Allons trouver Félix; commençons par son gendre;

Et contentons ainsi, d’une seule action,

Et Pauline, et ma gloire, et ma compassion.

1 Remarquez ici que Racine, dans EsLher, exprime la même choseen cinq vers

Tandis que votre main sur eux appesantieA leurs persécuteurs les livroit sans secours,

Us conjuroient ce Dieu de veiller sur vos jours.

De rompre des méchants les trames criminelles,

De mettre votre trône à l’ombre de ses ailes.

Sévère, qui parle en homme d’Etat, ne dit qu’un mot, et ce mot estplein d’énergie : Esther, qui veut toucher Assuérus, étend davantagecette idée. Sévère ne fait qu’une réflexion ; Esther fait une prière : ainsil’un doit être concis, et l’autre déployer une éloquence attendrissante.Ce sont des beautés différentes, et toutes deux à leur place. On peutsouvent faire de ces comparaisons ; rien ne contribue davantage à épurerle goût. (V.)

FIN DU QUATRIÈME ACTE.