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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE Y, SCÈNE II.

FÉLIX.

Pour lui seul contre toi j’ai feint tant de colère 1 :

Dissimule un moment jusques à son départ.

POLYEUCTE.

Félix, c’est donc ainsi que vous parlez sans fard ?

Portez à vos païens, portez à vos idolesTe sucre empoisonné que sèment vos paroles 2 .

Un chrétien ne craint rien, ne dissimule rien ;

Aux yeux de tout le monde il est toujours chrétien.

FEUX.

Ce zèle de ta foi ne sert qu’à te séduire,

1 Cet artifice est de mauvaise grâce , comme le dit très bien Po-lyeucte. Rotrou, dans son Saint Genêt , fait parler ainsi Marcel, quiveut persuader à Genêt de ne pas renoncer à la religion de ses pères:

O ridicule erreur de vanter la puissance

D’un Dieu qui donne aux siens la mort pour récompense.

D’un imposteur, d’un fourbe, et d’un crucifié!

Qui l’a mis dans le ciel? qui l’a déifié?

Un ramas d’ignorants et d’hommes inutiles,

De malheureux, la lie et l’opprobre des villes,

De femmes et d’enfants, dont la crédulitéS’est forgée à plaisir une divinité;

De gens qui, dépourvus des biens de la fortune,

Trouvant dans leur malheur la lumière importune,

Sous le nom de chrétiens s’exposent au trépas,

Et méprisent des biens qu’ils ne possèdent pas.

On ne fit aucune difficulté de réciter ces vers convenables à un païen.Ces raisons sont aisément réfutées par Genêt:

Si mépriser vos dieux c’est leur être rebelle,

Croyez qu’avec raison je leur suis infidèle...

Vous verrez si ces dieux de métal et de pierreSeront puissants au ciel comme on les croit en terre.

Alors les sectateurs de ce crucifie

Vous diront :i sans cause ils l’ont déifié, etc.

Une telle scène entre Polyeucte et Félix, écrite avec force, auraitcertainement fait un très grand effet. (V.) — Avec quel plaisir Voltairecite ces vers, et plus malignement encore la réponse de Genêt, qui lesfortifie par sa foiblesse! (P.)

2 Ce mot de sucre n’est admis que dans le discours très familier.

Y.)