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ACTE V, SCÈNE VI.
pour les sujets sacrés, et cette aversion étoit devenue chez lui une es-pèce de manie qui s’étoit accrue avec l’àge. On sait que dans les der-nières années de sa vie il changea, dans la Henriade , des vers quiavoient subsisté jusqu’alors dans toutes les éditions de ce poëme, uni-quement parceque ces vers paroissoient traduits d’un passage de l’Évan-gile. Qui sait même si, par une suite de cette manie, il ne se repro-choit pas les vers dévots du vieux Lusignan dans Zaïre, et ce bel élogedu christianisme qui. fait le dénoûment à'Alzire 1 Quelque admira-tion qu’il eût constamment témoignée pour Racine, le ridicule qu’il ajeté sur le sujet d 'Esther, et la critique amère qu’il s’est permise, enplus d’une occasion, de celui d’Alhalie, prouvent qu’il avoit de lapeine à lui pardonner ces deux pièces. Quoi qu’il en soit, cette préven-tion de Voltaire contre les sujets religieux étoit d’une inconséquencesingulière : car enfin on peut admirer Athalie sans être Juif, et sentirles beautés de Polyeucle sans être chrétien. Mais en parlant de cetteprévention très réelle, Voltaire, dans le personnage d’un martyr de îareligion, ne pouvoit voir qu’un fanatique impassible ; et ce caractèrelui paroissoit peu fait pour la tragédie, dont le principal intérêt n’estfondé que sur le combat des passions. Il s’en étoit expliqué longtempsavant qu’il eût la pensée de commenter Corneille i on peut en juger parcette plaisanterie adressée à un Anglois dans la dédicace de Zaïre :
De Polyeucle la belle ameAurait faiblement attendri ;
Et les-vers chrétiens qu’il déclameSeraient tombés dans le décri»
N’eût été l’amour de sa femmePour ce païen son- favori »
Qui méritait bien mieux sa flammeQue son bon dévot de mari.
À l’égard de Pauline,» si l’on considère que Voltaire étoit né à l’é-poque de îa plus grande corruption de nos mœurs, qu’il étoit entrédans le monde au moment où cette corruption étoit portée à son comble,et qu’enfin il vit commencer dans sa première jeunesse cette licencieuserégence où les vices devinrent les mœurs de la nation, on ne sera pasétonné qu’il ait méconnu la beauté de ce caractère de Pauline, qui nepouvoit plus passer que pour une fiction dénuée de vraisemblance. Cen’est pas que dans son commentaire il ait eu la maladresse d’attaquerouvertement le personnage de Pauline ; mais tantôt il lui suppose dela coquetterie, supposition qui se détruit d’elle-même, pour peu qu’onlise l’ouvrage avec l’attention respectueuse qu’il mérite ; tantôt il s'égaieaux dépens de quelques naïvetés, qu’il travestit en bassesses : enfin, sil’on pouvoit admettre qu’il se trompât, de bonne foi, nous n’en serionsque plus confirmés dans l’opinion où nous, sommes que le siècle ou il avécu ne lui permettoit plus, de bien juger un pareil chef-d’œuvre. (P.)
FIN DU CINQUIÈME ACTE,