Buch 
Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
Entstehung
JPEG-Download
 

446 POMPÉE.

Et voudrais qu’un orage, écartant ses vaisseaux,Malgré lui l’enlevât aux mains de ses bourreaux.Mais voici de retour le fidèle Achorée,

Par qui j’en apprendrai la nouvelle assurée *.

SCÈNE lï.

CLÉOPÂTRE, ACHORÉE, CHARMION.

CLEOPATRE.

En est-ce déjà fait, et nos bords malheureuxSont-ils déjà souillés d’un sang si généreux 2 ?

ACHORÉE.

Madame, j'ai couru par votre ordre au rivage;

J’ai vu la trahison, j’ai vu toute sa rage 3 ,

Du plus grand des mortels j’ai vu trancher le sort 4 :

si Cléopâtre veut secourir Pompée, que ne lui dépêche-t-elle un ex-près pour l’avertir de son danger î Elle en dit trop, quand elle ne faitrien. (V.) — Sa vertu séduite, quoi qu’en dise Voltaire, ne peut serapporter qu’à Pompée, etn’auroit aucun sens si on l’appliquoit à Cléo-pâtre. Que signifie donc sa vertu séduite ? Nous croyons que Corneilles’est mal expliqué, mais qu’il a voulu dire sa confiance , à laquelle ontend un piège. En effet, Pompée tombe dans le piège que lui tend laperfidie de Ptolomée : sa bonne foi séduite ne rencontre que des assas-sins où elle se flattoit de trouver un asile. ( P.)

1 On apprend des nouvelles sûres, et non une nouvelle assurée. Ondit bien, cette nouvelle m’a été assurée par tels et tels. (V.)

2 Si Cléopâtre, au lieu de parler en femme galante, avait su donnerde la noblesse à son amour pour César, et montrer en même temps laplus grande reconnaissance pour Pompée, et une véritable crainte desa mort, le récit d’Achorée ferait bien un autre effet. Le cœur n’estpoint assez ému, quand le récit des infortunes n’est fait qu’à des per-sonnes indifférentes. Le nom de Pompée, et de beaux vers, suppléentà l’intérêt qui manque. Cléopâtre a montré assez d’envie de sauverPompée pour que le récit qu’on lui fait la touche, mais non pas pourque ce récit soit un coup de théâtre, non pas pour qu’il fasse répandredes larmes. (V.)

3 La rage de la trahison ! (V.) —“ Oui, la trahison, quand elle rv’aplus rien à dissimuler, prend le caractère et les emportements de larage. (P.)

4 On tranche la vie, on tranche la tête, on ne tranche point unsort. (V.) — Le sort, poétiquement, se dit très bien pour la vie. (P.)