448 POMPÉE.
« Songe à prendre la fuite afin de nie venger.
« Le roi Juba nous garde une foi plus sincère ;
« Chez lui tu trouveras et mes fils, et ton père;
« Mais quand tu les verrois descendre chez Pluton *,
« Ne désespère point, du vivant de Caton. »
Tandis que leur amour en cet adieu conteste,
Achillas à son bord joint son esquif funeste,
Septime se présente, et, lui tendant la main,
Le salue empereur en langage romain !
Et comme député de ce jeune monarque,
« Passez, seigneur, dit-il, passez dans cette barque;
« Les sables et les bancs cachés dessous les eaux« Rendent l’accès mal sûr à de plus grands vaisseaux. »
Ce héros voit la fourbe, et s’en moque dans l’ame 2 :
Il reçoit les adieux des siens et de sa femme,
Leur défend de le suivre, et s’avance au trépasAvec le même front qu’il donnoit les États ;
La même majesté sur son visage empreinteEntre ces assassins montre un esprit sans crainte ;
Sa vertu tout entière à la mort le conduit :
Son affranchi Philippe est le seul qui le suit ;
C’est de lui que j’ai su ce que je viens dire;
Mes jeux ont vu le reste et mon cœur en soupire,
Et croit que César même à de si grands malheurs 3
1 Pompée ne se servit certainement pas de cette figure, descendrechez Pluton. Il ne faut pas faire parler un héros en poëte. (Y.)
2 S'en moque est comique et trivial. Je ne sais pas pourquoi Cor-neille feint que Pompée s’aperçoit du dessein de Septime ; car s’il ledevine, il ne doit pas quitter son vaisseau, dans lequel sans doute il ades soldats : il doit prendre le chemin de Carthage. (Y.)
Ce héros voit la fourbe, et s’en moque dans l’ame.
C’est le sentiment que l’histoire prête à Pompée. S’en moque est peut-être ici l’expression la plus convenable, parcequ’elle caractérise lemieux cet héroïque dédain de Pompée. Ce vers et les trois suivantsont toujours été cités comme des exemples de sublime. Mais, dit Yol-taire, si Pompée s’aperçoit du dessein de Septime, il ne doit pas quit-ter son vaisseau. Oui, si ce grand homme, vaincu à Pharsale, et n’ayantcompté que sur l’Egypte, ne vouloit que fuir la mort ; mais la trahi-son qu’il éprouve, en lui ôtant toute espérance de relever son parti, nelui laisse plus d’autre choix que celui d’une mort glorieuse. (P.|
3 Un cœur qui çroit. Cela ne serait pas souffert aujourd’hui. (V.)