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ACTE III, SCÈNE II.
Il émut le sénat pour des rois outragés,
Que sans cette prière il auroit négligés ;
Mais de ce grand sénat les saintes ordonnancesEussent peu fait pour nous, seigneur, sans vos finances’;
Par là de nos mutins le feu roi vint à bout;
Et, pour en bien parler, nous vous devons le tout 1 2 .
Nous avons honoré votre ami, votre gendre,
Jusqu’à ce qu’à vous-mènie il ait osé se prendre 3 ;
Mais voyant son pouvoir, de vos succès jaloux 4 ,
Passer en tyrannie, et s’armer contre vous...
CÉSAR.
Tout beau : que votre haine, en son sang assouvie 5 ,
N’aille pointa sa gloire; il suffit de sa vie.
N’avancez rien ici que Rome ose nier;
Et justifiez-vous, sans le calomnier.
PTOLOMÉE.
Je laisse donc aux dieux à juger ses pensées,
Et dirai seulement qu’en vos guerres passées,
Oti vous fûtes forcé par tant d’indignités,
Tous nos vœux ont été pour vos prospérités;
Que, comme il vous traitoil en mortel adversaire,
J’ai cru sa mort pour vous un malheur nécessaire;
1 Le mot de finances n’est pas plus tait pour la tragédie que celui decaissier. ("V.)
2 Expression trop faible, trop commune. Ne finissez jamais un verspar ces mots, le tout; ils ne sont ni harmonieux ni nobles. Le tout estdu style de bureau. (V.)
3 On ne peut trop remarquer avec quel soin pénible il faut éviter ceconcours de syllabes dures, dont les auteurs ne s’aperçoivent pas dansla chaleur de la composition. Jusqu’à ce qu’à révolte l’oreille : se pren-dre à quelqu’un est du discours familier ; et s'en prendre est quelque-fois fort noble : Répondez du succès, ou je m’en prends à vous. De plus,se prendre ne signifie pas attaquer, comme Corneille le prétend ici ; ilsignifie le contraire, chercher un appui, un secours : en tombant, il seprit à un arbre qui le garantit ; dans le malheur, on se prend à tout,c’est-à-dire on se fait une ressource de tout ce qu’on trouve; dans lemalheur, on s’en prend à tout, signifie, on accuse tout, on se plaint detout. (V.)
4 Un pouvoir jaloux d’un succès! (Y.)
5 On a déjà remarqué ailleurs que ce mot familier, tout Seau, nedoit jamais entrer dans la tragédie. | V.)