474 POMPÉE.
Deux fois de mon hymen le nœud mal assortiA chassé tous les dieux du plus juste parti :Heureuse en mes malheurs, si ce triste hyménée,Pour le bonheur de Rome à César m’eût donnée!
Et si j’eusse avec moi porté dans ta maisonD’un astre envenimé l'invincible poison 1 !
Car enfin n’attends pas que j’abaisse ma haine.
Je te l’ai déjà dit, César, je suis Romaine 2 ,
Et quoique ta captive, un cœur comme le mien,
De peur de s’oublier, ne te demande rien.
Ordonne; et, sans vouloir qu’il tremble ou s’humilie,Souviens-toi seulement que je suis Cornélie.
ne sont-ils pas un peu trop chargés d’ostentation! Pourquoi Cornéliea-t-elle fait le malheur du monde! elle n’entra jamais dans les affairespubliques; c’était une jeune veuve que Pompée fut blâmé d’avoirépousée : elle eut deux maris malheureux, mais ne fut cause du mal-heur d’aucun. (V.)
t Ce souhait d’être la femme de César pour lui porter l’invinciblepoison d’un astre paraît trop recherché. Cela est encore imité de Lu-cain, et n’en paraît pas meilleur ; il n’est point du tout naturel qu’ellepense être la cause des malheurs de Rome, puisqu’elle n’a point été lacause des guerres civiles. Elle rend grâces aux dieux d’avoir trouvéCésar; elle lui demande la vengeance de la mort de son mari, et ellelui dit en même temps qu’elle voudrait l’épouser pour le rendre mal-heureux! De pareils jeux d’esprit dégraderaient beaucoup le rôle deCornélie, si quelque chose pouvait l’avilir. On pourrait dire que cetteentrevue de Cornélie et de César est inutile à l’intrigue de la pièce.Cette tragédie (qui est en effet d’un genre particulier qu’il serait trèsdangereux d’imiter} se soutient par les beaux morceaux de détail. Il ya des choses admirables dans ce discours de Cornélie. Il serait à sou-haiter qu’il y eût moins de cette enflure qui est contraire à la vraiedignité et à la vraie douleur. (V.)
2 Pourquoi le répéter! parle-t-elle à un autre qu’à un Romain! ( V.}— En disant à César qu'elle est Romaine, Cornélie ne veut pas lui diresimplement qu’elle est de Rome, comme Voltaire paroît l’entendre, etcomme une bourgeoise de Paris diroit qu’elle est Parisienne. Elle veutdire qu’elle a les sentiments d’une Romaine, l’amour de sa patrie et dela liberté : sentiments que César a perdus, et que, pour sa gloire, il au-roit dû conserver. C’est ainsi que Brutus, dans la tragédie de Voltaire,dit à Proculus : Je suis un consul de Rome, nen pour lui apprendrequ’il est en effet consul, ce que Proculus sait très bien, mais pour luidire que son devoir est de penser et d’agir en consul romain. (P.)