«8 POMPÉE.
Ou si quelque lumière en leur ame se glisse 1 2 ,
Cette fausse clarlé dont il les éblouit,
Les plonge dans un gouffre, et puis s’évanouit.
PHOTIN.
J’ai mal connu César; mais puisqu’en son estimesUn si rare service est un énorme crime,
Il porte dans son liane de quoi nous en laver ;
C’est là qu’est notre grâce, il nous l’y faut trouver.
Je ne vous parle plus de souffrir sans murmure,
D’attendre son départ pour venger cette injure;
Je sais mieux conformer les remèdes au mal :
Justifions sur lui la mort de son rival;
Et, notre main alors également trempéeEt du sang de César et du sang de Pompée,
Rome, sans leur donner de titres différents,
Se croira par vous seul libre de deux tyrans.
CTOLOMÉE.
Oui, par là seulement ma perte est évitable 3 ;
C’est trop craindre un tyran que j’ai fait redoutable :Montrons que sa fortune est l’œuvre do nos mains;
Deux fois en même jour disposons des Romains ;
Faisons leur liberté comme leur esclavage.
César, que tes exploits n’enflent plus ton courage;
Considère les miens, tes yeux en sont témoins.
Pompée étoit mortel, et tu ne l’es pas moins :
Il pouvoit plus que toi ; tu lui portois envie :
Tu n’as, non plus que lui, qu’une ame et qu’une vie 4 ;
Et ton sort que tu plains te doit faire penserQue ton cœur est sensible, et qu’on peut le percer 3 .
1 Glisse n’est pas heureux ; mais il est si difficile de trouver destermes nobles et convenables, et de les accorder avec la rime, qu’ondoit pardonner à ces petites fautes inséparables d’un art dans lequelon éprouve autant d’obstacles qu’on fait de pas. (Y.)
2 Estime signifie ici opinion. C’est un terme qui n’est en usage quedans la marine; l’estime du pilote veut dire le calcul présumé. (V.)
3 Pourquoi évitable n’est-il pas en usage, puisque inévitable estreçu! c’est une grande bizarrerie des langues d’admettre le mot com-posé et d’en rejeter la racine. (Y.)
V Jamais personne n’en a eu deux. (V.)
3 C’est une équivoque. Le mot sensible est pris ici au physique, Pto-