ACTE IV, SCÈNE V. 493
On m'en veut plus qu’à vous; c’est ma mort qu'ils respirent.C’est contre mon pouvoir que les traîtres conspirent;
Leur rage, pour l’abattre, attaque mon soutien,
Et par votre trépas cherche un passage au mien VMais, parmi ces transports (l’une juste colère,
Je ne puis oublier que leur chef est mon frère.
Ce saurez-vous, seigneur! et pourrai-je obtenirQue ce cœur irrité daigne s'en souvenir?
CESAR.
Oui, je me souviendrai que ce cœur magnanimeAu bonheur de son sang veut pardonner son crime 2 .
Adieu, ne craignez rien : Achillas et PhotinNe sont pas gens à vaincre un si puissant destin;
Pour les mettre en déroute, eux et tous leurs complices,
Je n’ai qu’à déployer l’appareil des supplices,
Et, pour soldats choisis, envoyer des bourreauxQui portent hautement mes haches pour drapeaux.
(César rentre avec les Romains.)
CLÉOPÂTRE.
.Ve quittez pas César; allez, cher Achorée,
Kepousser avec lui ma mort qu’on a jurée;lit quand il punira nos lâches ennemis,
Faites-Ie souvenir de ce qu’il m’a promis.
Ayez l’œil sur le roi dans la chaleur des armes,
VA conservez son sang pour épargner mes larmes.
ACHOREE.
Madame, assurez-vous qu’il ne peut y périr,
Si mon zèle et mes soins peuvent le secourir.
* Cléopâtre songe ici plus à elle qu’au péril de César. On ne cherchepoint un passage au trépas par un autre trépas. Cette scène est sansintérêt; il ne s’agit guère que d’Achillas et de Photin : il est triste quel’acte finisse si froidement. (V.)
2 Ce dernier vers est trop obscur : César veut dire que Ptoloméeest heureux d’être frère de Cléopâtre, et qu’il sera épargné; mais par-timiner un crime au bonheur d'un sang n’est pas intelligible. (Y.)
FIN DU QUATRIÈME ACTE.