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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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A MONSEIGNEUR

raie consternation où la perte de notre grand mo-narque nous avoit plongés, enfloit l’orgueil de nosadversaires en un tel point qu’ils osoient se persuaderque du siège de Rocroi dépendoit la prise de Paris; etl’avidité de leur ambition dévoroit déjà le cœur d’unroyaume dont ils pensoient avoir surpris les frontières.Cependant les premiers miracles de votre valeur ren-versèrent si pleinement toutes leurs espérances, queceux-là mêmes qui s’étoient promis tant de conquêtessur nous virent terminer la campagne de cette mêmeannée par celles que vous fîtes sur eux. Ce fut par là,Monseigneur, que vous commençâtes ces grandes vic-toires que vous avez toujours si bien choisies qu’ellesont honoré deux règnes tout à la fois, comme si c’eûtété trop peu pour Votre Altesse d’étendre les bornesde l’État sous celui-ci, si elle n’eût en même tempseffacé quelques uns des malheurs qui s’étoient mêlésaux longues prospérités de l’autre. Thionville, Phi-lisbourg, et Norlinghen, étaient des lieux funestespour la France : elle n’en pouvoit entendre les nomssans gémir ; elle ne pouvoit y porter sa pensée sanssoupirer; et ces mêmes lieux, dont le souvenir luiarrachoit des soupirs et des gémissements, sont deve-nus les éclatantes marques de sa nouvelle félicité, lesdignes occasions de ses feux de joie, et les glorieux su-jets des actions de grâce qu’elle a rendues au ciel pourles triomphes- que votre courage invincible en a obte-nus. Dispensez-moi, Monseigneur, de vous parler deDunkerque : j’épuise toutes les forces de mon imagi-nation, et je ne conçois rien qui réponde à la dignitéde-ce grand ouvrage, qui- nous vient d’assurer l’Océanpar la prise de cette fameuse retraite de corsaires.