ACTE III, SCÈNE II. 155
Fuyez, grande princesse, et souffrez cet adieu.
RODOGUNE.
Va, je reconnoîtrai ce service en son lieu.
SCÈNE IL
RODOGUNE, ORONTE.
RODOGUNE.
Que ferons-nous, Oronte, en ce péril extrême,
Où l’on fait de mon sang le prix d’un diadème?
Fuirons-nous chez mon frère? attendrons-nous la mort?
Ou ferons-nous contre elle un généreux effort?
ORONTE.
Notre fuite, madame, est assez difficile :
J’ai vu des gens de guerre épandus par la ville.
Si l’on veut votre perte, on vous fait observer;
Ou, s’il vous est permis encor de vous sauver,
L'avis de Laonice est sans doute une adresse 1 2 ;
1 Au lieu d’une situation tragique et terrible, que la fureur de Cléo-pâtre faisait attendre, on ne voit ici qu’une scène de politique entreRodogune et l’ambassadeur Oronte. Rodogune a deux grands objets,son amour et la haine de Cléopâtre : ces deux objets ne produisent iciaucun mouvement ; ils sont écartés par des discours de politique. Ona déjà observé que le grand art de la tragédie est que le cœur soittoujours frappé des mêmes coups, et que des idées étrangères n’affai-blissent pas le sentiment dominant. Cet Oronte, qui ne paraît qu’autroisième acte, lui dit qu'il auroil •perdu l'esprit s'il lui conseillaitla résistance ; et il lui conseille de faire l'amour politiquement. Maisd’où sait-il que les deux fils de Cléopâtre aiment Rodogune'! Les deuxfrères avaient été jusque-là si discrets, qu’ils s’étaient caché l’un àl’autre leur passion ; comment cet ambassadeur peut-il donc en parlercomme d’une chose publique! et si l’ambassadeur s’en est aperçu,comment leur mère Pa-t-elle ignorée! (Y.) — Il vient de l’apprendrede Laonice à l’instant même. C’est en sa présence que Laonice vientde dire à Rodogune :
Au reste, assurez-vous de l’amour des deux princes ;
Plutôt que- de vous perdre ils perdront leurs provinces. (P.)
2 Pourquoi cet inutile Oronte, qui croit parler ici en ambassadeurfort adroit, soupçonne-t-il que l’avis est faux, et que c’est un piège