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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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RODOGUîYE.

Et voyez qui de vous daignera m’accepter.

\dieu, princes *.

aimée ; elle se fait détester, elle sur qui l’intérêt de la pièce devait serassembler. Cette situation pourtant inspire un intérêt de curiosité ;on ne peut en éprouver d'autre. Cléopâtre est trop odieuse-, Rodo-gune le devient en ce moment autant qu’elle, et beaucoup plus mépri-sable, parceque, contre toutes les lois que la raison a prescrites authéâtre, elle a changé de caractère. L’amour, dans cette pièce, nepeut toucher le cœur, parcequ'il n’agit qu’à reprises interrompues,qu’il n’est point combattu, qu’il ne produit point de danger, et qu'ilest presque toujours exprimé en vers languissants, obscurs, ou du stylede la comédie. L’amitié des deux frères ne fait pas le grand effetqu’on en attend, parceque l’amitié seule ne peut produire de grandsmouvements au théâtre que quand un ami risque sa vie pour son amien danger. L’amitié qui ne va qu’à ne se point brouiller pour une mai-tresse est froide, et rend l’amour froid. La plus grande faute peut-êtredans cette pièce est que tout y est ajusté au théâtre d’une manièrepeu vraisemblable, et quelquefois contradictoire; car il est contradic-toire que cet ambassadeur Oronte soit instruit de l’amour des deuxfrères, et que Rodogune ne le sache pas. Il n’est guère possible qu’ An-tiochus aime une mère parricide; et c’est une chose trop forcée queCléopâtre demande la tête de Rodogune, et Rodogune la tête de Cléo-pâtre, dans la même heure et aux mêmes personnes, d’autant plus quece meurtre horrible n’est nécessaire ni à l’une ni à l’autre; toutes deuxmême, en faisant cette proposition, risquent beaucoup plus qu’elles nepeuvent espérer. Les hommes les moins instruits sentent trop que toutesces propositions si forcées, si peu naturelles, sont l'échafaud préparé pourétablir le cinquième acte. Cependant l’auteur a voulu qu'Antiochus putbalancer entre sa mère et sa maîtresse, quand elles s’accuseront fum-et l’autre d’un parricide et d’un empoisonnement ; mais il était impos-sible qu’Antiochus fût raisonnablement indécis entre ces deux prin-cesses, si elles n’avaient paru également coupables dans le cours dela pièce. Il fallait donc nécessairement que Rodogune pût être soup-çonnée avec quelque vraisemblance; mais aussi Rodogune, en se ren-dant si coupable, changeait de caractère et devenait odieuse : il fallaitdonc trouver quelque autre nœud, quelque autre intrigue qui sauvâtle caractère de Rodogune; il fallait qu’elle parût coupable, et qu’ellene le fût pas : ce moyen eût encore eu de grands inconvénients, li resteà savoir s’il est permis d’amener une grande beauté par de grands dé-fauts, et c’est sur quoi je n'ose prononcer ; mais je doute qu’une pièceremplie de ces défauts essentiels, et en général si mal écrite, pût au---jourd’hui être soufferte jusqu’au quatrième acte par une assemblée degens de goût qui ne prévoiraient pas les beautés du cinquième. (V.}

1 Aclieu, après une pareille propositioni et observez qu’elle n’a pas