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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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RODOGUNE.

S'il vous explique mal ce qu’il en doit attendre,

11 emprunte ma voix pour se mieux faire entendre.

Une seconde fois il vous le dit par moi 1 :

Prince, il faut le venger.

ANTIOCHUS.

J’accepte cette loi.

Nommez les assassins, et j’y cours.

RODOGUNE.

Quel mystère

Vous fait, en l’acceptant, méconnoître une mère?

ANTIOCHUS.

Ah! si vous ne voulez voir finir nos destins,

Nommez d’autres vengeurs ou d’autres assassins.

RODOGUNE.

Ali ! je vois trop régner son parti dans votre ame;

Prince, vous le prenez.

ANTIOCHUS.

Oui, je le prends, madame 8 ;

Et j’apporte à vos pieds le plus pur de son sangQue la nature enferme en ce malheureux flanc.

Satisfaites vous-même à cette voix secrèteDont la vôtre envers nous daigne être l’interprète :

Exécutez son ordre; et hâtez-vous sur moiDe punir une reine et de venger un roi :

Mais, quitte par ma mort d'un devoir si sévère,

■expressions si forcées, si fausses, qu’on voit bien que la situation n’estpoint naturelle; car d’ordinaire, comme dit Boileau,

Ce que l’on conçoit Lien s’exprime clairement. (V.)

1 Rodogune demande donc deux fois un parricide, ce que Cléopâtreelle-même n’a pas fait. Est-il possible qu’Antiochus puisse lui dire :Nommez les assassins î Quel faux artifice! ne les connaît-il pas? nesait-il pas que c'est sa mère! ne s’en est-elle pas vantée à lui-méme!Je n’ai point de terme pour exprimer la peine que me font les fautesde ce grand homme; elles consolent au moins en faisant voir l’extrêmedifficulté de faire une bonne pièce de théâtre. (V.)

2 Quelle froideur dans de tels éclaircissements, et quelles étrangesexpressions, Vous le 'prenez î Oui % je le prends ! Je ne. parle pas ici dusens ridicule que les jeunes gens attribuent à ces paroles, je parle dela bassesse des mots. ( V.)