Buch 
Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
Entstehung
JPEG-Download
 

ACTE CINQUIEME

SCÈNE I.

CLÉOPÂTRE.

Enfin, grâces aux dieux, j’ai moins d’un ennemi 1 .

La mort de Séleucus m’a vengée à demi.

Son ombre, en attendant Rodogune et son frère,

Peut déjà de ma part les promettre à son père 5 :

Ils le suivront de près, et j’ai tout préparéPour réunir bientôt ce que j’ai séparé.

O toi, qui n’attends plus que la cérémoniePour jeter à mes pieds ma rivale punie,

Et par qui deux amants vont d’un seul coup du sortRecevoir Pbyménée, et le trône, et la mort,

Poison, me sauras-tu rendre mon diadème 3 ?

1 II n’est point de serpent, ni de monstre odieux.

Qui, par l’art imité, ne puisse plaire aux yeux.

II faut bien que cela soit ainsi, puisque le public écoute encore, non•■sans plaisir, ce monologue. Je ne puis trahir ma pensée jusqu’à dé-guiser la peine qu’il me fait ; je trouve surtout cette exclamation,grâces aux dieux , aussi déplacée qu’horrible. Grâces aux dieux, jeviens d y égorger mon Jils, de qui je n’avois nul sujet de me plaindre;mais enfin je conçois que cette détestable fermeté de Cléopâtre peutattacher, et surtout qu’on est très curieux de savoir comment Cléopâtreréussira ou succombera ; c’est là ce qui fait, à mon avis, le grand mé-rite de cette pièce, (V.)

2 De ma part est une expression familière ; mais, ainsi placée, elledevient fière et tragique ; c’est là le grand art de la diction. II serait àsouhaiter que Corneille l’eût employé souvent ; mais il serait à sou-haiter aussi que la rage de Cléopâtre pût avoir quelque excuse aumoins apparente. (Y.)

3 J’avoue encore que je n’aime point cette apostrophe au poison :on ne parle point à un poison : c’est une déclamation de rhéteur: unereine ne s’avise guère de prodiguer ces figures recherchées. Vous netrouverez point de ces apostrophes dans Racine. ( V.) — Monime, dans