NICOMEDE.
il 2
Quand il se rend coupable, un peu plus haut se porte;
Qu’il lui faut un grand crime à tenter son devoir J ,
Où sa gloire se sauve à l’ombre du pouvoir.
Soulever votre peuple, et jeter votre arméeDedans les intérêts d’une reine opprimée;
Venir, le bras levé, la tirer de vos mains,
Malgré l’amour d’Àttale et l’ell'ort des Romains,
Et fondre en vos pays contre leur tyrannieAvec tous vos soldats et toute l’Arménie;
C’est ce que pourvoit faire un homme tel que moi,
S’il pouvoit se résoudre à vous manquer de foi.
La fourbe n’est le jeu que des petites âmes,
Et c’est là proprement le partage des femmes 2.
Punissez donc, seigneur, Mctrobate et Zenon;
Pour la reine, ou pour moi, faites-vous-en raison.
A ce dernier moment la conscience presse;
Pour rendre compte aux dieux tout respect humain cesse 1 * 3 4 ;Et ces esprits légers, approchant des aboisPourvoient bien se dédire une seconde fois.
ARSINOE.
Seigneur...
XICOMHDE.
Parlez, madame, et dites quelle causeA leur juste supplice obstinément s’oppose;
Ou laissez-nous penser qu’aux portes du trépas
1 Un homme de sa sorte, qui un peu plus haut se porte , et à quiU faut un grand crime à tenter son devoir, n’a pas un style digne dece beau vers :
M’en purger ! moi , seigneur 1 vous ne le croyez pas.
U y a de la grandeur dans ce que dit Nicomède; mais il faut que lagrandeur et la pureté du style y répondent. (V.)
* Ce vers, quoique indirectement adressé à Arsinoé, n’est-il pas un.trait un peu fort contre tout le sexe? Quoique Corneille ait pris plaisirà faire des rôles de femmes nobles, fiers et intéressants, on peut ce-pendant remarquer qu’en général il ne^es ménage pas. (Y.)
3 Ces idées sont belles et justes ; elles devraient être exprimées avec-plus de force et d’élégance. (V.)
4 Cette expression des abois , qui par elle-même n’est pas noble, n’est
plus d’usage aujourd’hui : un esprit léger qui approche est une
impropriété trop grande. (Y.)