-H i NICOMEDE.
Des jours que dans leur sein vous files élever;
Qu’il retourne y traîner, sans péril et sans gloire,
De votre amour pour moi l'impuissante mémoire.
Ce grand prince vous sert, et vous servira mieuxQuand il n’aura plus rien qui lui blesse les yeux :
Et n’appréhendez point Rome, ni sa vengeance;
Contre tout son pouvoir i! a trop de vaillance :
Il sait tous les secrets du fameux Ànnibal *,
De ce héros à Rome en tous lieux si fatal,
Que l’Asie et l’Afrique admirent l'avantageQu’en tire Antiochus, et qu’en reçut Cartilage.
Je me retire donc afin qu’en libertéLes tendresses du sang pressent votre bonté;
Et je ne veux plus voir ni qu'en votre présenceUn prince que j’estime indignement m’ollénse,
Ni que je sois forcée à vous mettre en courrouxContre un fus si vaillant et si digne.de vous.
SCÈNE III.
PRUSIAS, NICOMÈDE, ARASPE.
PRUSIAS.
Nicomôde, en deux mots, ce désordre me fâche 2 .
Quoi qu’on l’ose imputer, je ne le crois point lâche :
Mais donnons quelque chose à Rome, qui se plaint,
Et tâchons d’assurer la reine qui le craint 3 .
1 II sait tous les secrets est une expression bien basse pour signi-fier, il est l’élève du grand Annibal , il a été formé 'par lui doits Varlde la guerre et de la politique. Arsinoë parle avec trop d’ironie, etlaisse peut-être trop voir sa haine dans le temps qu’elle veut la dissi-muler. (Y.)
2 Le mot fâcher est bien bourgeois. Ce vers comique et trivial jettedu ridicule sur le caractère de Prusias, et fait trop apercevoir au spec-tateur que toute l’intrigue de cetîe tragédie n’est qu’une tracasserie.
(V.)-
3 Le mot d'assurer n’est pas français ici; il faut de rassurer: onassure une vérité; on rassure une ame. intimidée. (Y.) — Nous avensdéjà opposé à cette décision de Yoltaire un exemple tiré de Racine.Esther nous en offre un second :
O bonté qui m’assure autant qu’elle m’honore ! (P.)