4)6 NICOMÈDE.
Pour l’offrir à mon choix avec quelque justice,je vous demanderois le loisir d’y penser :
Mais eniin pour vous plaire, et ne pas l’offenser,
J’obéirai, seigneur, sans répliques frivoles,
A vos intentions, et non à vos paroles.
A ce frère si cher transportez tous mes droits,
Et laissez Laodice en liberté du choix.
Voilà quel est le mien.
PRUSIAS.
Quelle bassesse d’ame!
Quelle fureur t’aveugle en faveur d’une femme!
Tu la préfères, lâche! à ces prix glorieuxQue ta valeur unit au bien de tes aïeux !
Après cette infamie es-tu digne de vivre 1 2 ?
XICOMÉDE.
Je crois que votre exemple est glorieux à suivre :
Ne préférez-vous pas une femme à ce lilsPar qui tous ces États aux vôtres sont unis ?
PRUSIAS.
Me vois-tu renoncer pour elle au diadème?
NICOMÈDE.
Me voyez-vous pour l’autre y renoncer moi-même?
Que cédé-je à mon frère en cédant vos Étals?
Ai-je droit d’y prétendre avant votre trépas?
Pardonnez-moi ce mot, il est fâcheux à dire :
Mais un monarque enfin comme un autre homme expires;Et vos peuples alors, ayant besoin d’un roi,
Voudront choisir peut-être entre ce prince et moi.
Seigneur, nous n’avons pas si grande ressemblance,
Qu’il faille de bons yeux pour y voir différence;
Et ce vieux droit d’aînesse est souvent si puissant,
1 Prusias ne doit point traiter son fils de lâche, ni lui dire qu’il estindigne de vivre après cette infamie : il doit avoir assez d’esprit pourentendre ce que lui dit son fils, et ce que ce prince lui explique bientôtaprès. (V.)
2 Quoique ce vers soit un peu prosaïque, il est si vrai, si ferme, sinaturel, si convenable au caractère de Nicomède, qu’il doit plairebeaucoup, ainsi que le reste de la tirade. On aime ces vérités dures etfières, surtoutquand elles sont dans la bouche d’un personnage qui lesrelève encore par sa situation. | Y.)