ACTE IV, SCÈNE VI.
ATTALE.
Mais s’il arrive enfin que Laodice m’aime?
FLAMINIUS.
Ce seroit mettre encor Rome dans le hasardQue l’on crût artifice ou force de sa part 1 2 ;
Cet hymen jetteroit une ombre sur sa gloire.
Prince, n’y pensez plus, si vous m’en pouvez croire.Ou, si de mes conseils vous faites peu d’état,
N’y pensez plus du moins sans l’aveu du sénat.
ATTALE.
A voir quelle froideur à tant d’amour succède,
Rome ne m’aime pas; elle hait Nicomède 8 :
Et lorsqu’à mes désirs elle a feint d’applaudir,
Elle a voulu le perdre, et non pas m’agrandir.
FLAMINIUS.
Pour ne vous faire pas de réponse trop rudeSur ce beau coup d’essai de votre ingratitude,Suivez votre caprice, offensez vos amis;
Vous êtes souverain, et tout vous est permis :
Mais puisque enfin ce jour vous doit faire connoîtreQue Rome vous a fait ce que vous allez être,
Que perdant son appui, vous 11e serez plus rien,
Que le roi vous l’a dit, souvenez-vous en bien 3 .
SCÈNE VL
ATTALE.
Attale, étoit-ce ainsi que régnoient tes ancêtres 4 * * * ?
Veux-tu le nom de roi pour avoir tant de maîtres?
1 La plupart de tous ces vers sont des barbarismes : celui-ci en estun ; il veut dire, ce serait exposer le sénat à passer pour un fourbe oupour un tyran. (V.t
2 Ce vers excellent est fait pour servir de maxime à jamais. (V.j
3 Tâchons d'éviter ces phrases louches et embarrassées. (V.)
4 Dans ce monologue, qui prépare le dénouement, on aime à voir le
prince Attale prendre les sentiments qui conviennent au fils d’un roi,
qui va régner lui-même ; mais Flaminius lui a laissé très imprudem-
ment voir que Rome hait Nicomède sans aimer Attale mais si Fia-