NICOMÈDE.
Je ne veux point régner sur votre Bithynie :
Ouvrez-moi seulement les chemins d’Arménie;
Et, pour voir tout d’un coup vos malheurs terminés,Rendez-moi cet époux qu’eu vain vous retenez.
ARSINffK.
Sur le chemin de Rome il vous faut 1’. lier prendre;Flaminius l’v mène, et pourra vous le vendre :
Mais hâtez-vous, de grâce, et laites bien ramer,
Car déjà sa galère a pris le large en nier >.
I.AODICE.
Ah ! si je le croyois.'...
ARS1NOÉ.
N’en doutez point, madame.
I.AODICE.
Fuyez donc les fureurs qui saisisse.nl mon ame :
Après le coup fatal de cette indignité,
Je n'ai plus ni respect ni généro-ité.
Mais plutôt demeurez pour me servir d’otage 1 2Jusqu’à ce que ma main de ses fers le dégage.
J’irai jusque dans Rome en briser les liens,
Avec tous vos sujets, avecque tous les miens;
Aussi bien Aimibal nonimoit une folieDe présumer la vaincre ailleurs qu'en Italie.
Je veux qu’elle me voie au cœur de ses ÉtalsSoutenir ma fureur d’un million de bras;
Et sous mon désespoir rangeant sa tyrannie 3 ...
ARSINOE.
Vous voulez donc enfin régner en Bithynie ?
Et, dans cette fureur qui vous trouble aujourd'hui,
Le roi pourra soutlrir que vous régniez pour lui?
LAODICE.
J’y régnerai, madame, et sans lui faire injure.
1 Ironie, ou plutôt plaisanterie indigne de la noblesse tragique,ainsi que tontes celles qu’on a remarquées. (V.).
2 Elle lui parle comme si elle était maîtresse du palais ; elle devraitdonc avoir des gardes. (Y.)
3 Ranger une tyrannie sous un désespoir ! quelle phrase! quelle
barbarie de langage ! (V.) *