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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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iW SERTORIUS.

Ah ! si je vous pouvois rendre à la république,

Que je croirois lui faire un présent magnifique!

Et que j'irois, seigneur, à Rome avec plaisir,

Puisque la trêve enfin m’en donne le loisir,

Si j'y pouvois porter quelque foible espéranceD’y conclure un accord d'une telle importance !

Près de l’heureux Sylla ne puis-je rien pour vous?

Et près de vous, seigneur, ne puis-je rien pour tous ?

SERTORIUS.

Vous me pourriez sans doute épargner quelque peine,

Si vous vouliez avoir l’aine toute lomaino :

Mais, avant que d'entrer en ces difficultés,

Souffrez que je réponde à vos civilités U

Vous ne me donnez rien par cette haute estimeQue vous n’ayez déjà dans le degré sublime 1 2 3 .

La victoire attachée à vos premiers exploits,

Un triomphe avant l'âge où le soutirent nos lois,

Avant la dignité qui permet d’y prétendre,

Font trop voir quels respects l'univers vous doit rendre.

Si dans l’occasion je ménage un peu mieuxL’assiette du pays et ta faveur des lieux3,

1 II eût été mieux que Sertorius eût répondu aux civilités de Pompéesans le dire; cela donne à son discours un air apprêté et contraint. Ilannonce qu’il veut faire un compliment; un tel compliment doit êtresans appareil, afin qu’il paraisse plus naturel et plus vrai. On n’a pasbesoin de faire retirer les assistants pour faire un compliment. (V.)

2 Degré sublime, expression faible et impropre employée pour larime. (V.)

3 Je ne peux m’empêcher de remarquer ici qu’on trouve dans plu-sieurs livres, et surtout dans Y Histoire du Théâtre, que le vicomte deTurenne, à la représentation de Sertorius , s’écria : Oit donc Corneillea-t-il pu apprendre l'art de la guerre î Ce conte est ridicule. Cor-neille eût très mal fait d’entrer dans les détails de cet art; il fait direen général à Sertorius ce que ce Romain devait peut-être se passer dedire, qu’il sait mieux se prévaloir du terrain que Pompée. Il n’y a paslà de quoi étonner un Turenne. Les généraux de Charles-Quint et deFrançois 1er pouvaient, en effet, s’étonner que Machiavel, secrétairede Florence, donnât des règles excellentes de tactique, et enseignât àdisposer les bataillons comme on les range aujourd'hui ; c’est alorsqu’on pouvait dire : Où Machiavel a-t-il appris l'art de la guerre tMais si le vicomte de Turenne en avait dit autant sur un ou deux vers