ACTE III, SCÈNE I. 4<m
Mais vous jugez, seigneur, de i'ame par le bras;
Et souvent l’un paroit ce que l’autre n’est pas 1 .
Lorsque deux factions divisent un empire,
Chacun suit au hasard la meilleure ou la pire,
Suivant l’occasion on la nécessité
Qui l’emporte vers l’un ou vers l’autre côté.
Le plus juste parti, difficile à connoitre,
Nous laisse en liberté de nous choisir un maître;
Mais, quand ce choix est fait, on ne s’en dédit plus.
J’ai servi sous Sylla du temps de Marins,
Et servirai sous lui tant qu’un destin funesteDe nos divisions soutiendra quelque reste 2 .
Comme je ne vois pas dans le fond de son cœur,
J’ignore quels projets peut former son bonheur 3 :
S’il les pousse trop loin, moi-même je l’en blâme ;
Je lui prête mon bras sans engager mou aine ;
Je m'abandonne an cours de sa félicité,
Tandis que tous mes vœux sont pour la liberté;
Et c’est ce qui me force à garder une placeQu’usurperoient sans moi l’injustice et l’audace,
Afin que, Sylla mort, ce dangereux pouvoirNe tombe qu’en des mains qui sachent leur devoir 4 .
Enfin je sais mon but, et vous savez le vôtre.
t Ces expressions sont trop négligées : et comment un bras peut-ilparaître différent d’une ame! La plupart des fautes de langage sont aufond des défauts de justesse (Y.)
2 Soutiendra n’est pas le mot propre ; on entretient un reste de divi-sions, on les fomente, etc. ; on soutient un parti, une cause, une pré-tention : mais c’est un très léger défaut dans un aussi beau discours quecelui de Pompée.
Lorsque deux factions divisent un empire,
Chacun suit au hasard !a meilleure ou la pire...
Mais, quand ce choix est fait, ou ne s’eu dédit plus, etc-,
Quelle vérité dans ces vers ! et quelle force dans leur simplicité ! pointd'épithète, rien de superflu; c'est la raison en vers. (V.|
3 Un bonheur qui forme des projets est trop impropre. (V.)
* On peut animer tout dans la poésie; mais, dans une conférencesans passion, les métaphores outrées ne peuvent avoir lieu ; peut-êtrecette expression porte encore plus l'empreinte d’une négligence quiéchappe que d’une figure qu’on recherche. (Y.)