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ACTE IV, SCÈNE III.
Et voulez uue guerre à ne finir jamais.
Déjà de nos soldats Pâme préoccupéeMontre un peu trop de joie à parler de Pompée,
Et si l’erreur s’épand jusqu’en nos garnisons,
Elle y pourra semer de dangereux poisons.
SERTORIUS.
Nous en romprons le coup avant qu’elle grossisse,
Et ferons par nos soins avorter l’artifice.
D’autres plus grands périls le ciel m’a garanti.
PERPENNA.
Ne ferions-nous point mieux d’accepter le parti,
Seigneur? Trouvez-vous l’offre ou honteuse ou mal sûre ?
SERTORIUS.
Sylla peut en effet quitter sa dicta lure;
Mais il peut faire aussi des consuls à son choix,
De qui la pourpre esclave 1 agira sous ses lois;
Et, quand nous n’en craindrons aucuns ordres sinistres,Nous périrons par ceux de ses lâches ministres.
Croyez-moi, pour des gens comme vous deux et moi 2 ,
Rien n’est si dangereux que trop de bonne foi.
Sylla par politique a pris cette mesure 3De montrer aux soldats l’impunité fort sûre ;
Mais pour Cinna, Carbon, le jeune Marius,
Il a voulu leur tète, et les a tous perdus.
Pour moi, que tout mon camp sur ce bruit m'abandonne,Qu’il ne reste pour moi que ma seule personne,
Je me perdrai plutôt dans quelque affreux climat,
1 La pourpre, esclave est une de ces expressions de génie dont on netrouve d’exemples que chez les poëtes vraiment inspirés ; elle eût mé-rité que Voltaire en fît la remarque ( P.)
2 Des gens comme vous deux ! (V.)
3 Un homme d’État prend des mesures; un ouvrier, un maçon, untailleur, un cordonnier, prennent une mesure. (V.) — Parmi les me-sures que prend un homme d’État pour arriver à son but, ne peut-il pasen être une sur laquelle il compte beaucoup plus que sur les autres!Alors ne diroit-il pas très bien, au singulier , j’ai pris cette mesure,parcequ’elle m’a paru devoir me conduire infailliblement au succès! Ondit. il est vrai, d’un tailleur et d’un cordonnier, qu 'ils prennent me-sure, mais non qu’ils prennent une mesure. La différence paroît trèspetite, mais n’en est pas moins réelle. (P.)