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ACTE V, SCÈNE VIII.
El ceux qu’à me haïr j'avois trop su contraindre,
N’y craignant rien de moi, n’y donnent rien à craindre,
(à Viriate.)
Vous, madame, agréez pour notre grand hérosQue ses mânes vengés goûtent un plein repos.
Allons donner votre ordre à des pompes funèbres 1A Tégaî de son nom illustres et célèbres,
Et dresser un tombeau, témoin de son malheur,
Qui le soit de sa gloire et de notre douleur.
llorccces et de China: les premiers dé l’Etat alors, soit dans Pépée,soit dans la robe, soit dans l’Eglise, se {osaient un honneur, ainsi quele sénat de Rome, d’assister à un spectacle où l'on trouvait une instruc-tion et un plaisir si noble. Quels furent les premiers auditeurs de Cor-neille! un Condé, un Turenne, un cardinal de Retz, un duc de La Ro-chefoucauld, un Mole, un Lamoignon, des évêques gens de lettres, pourlesquels il y avait toujours un banc particulier à la cour, aussi bien quepour messieurs de l’Académie : le prédicateur venait y apprendre l’élo-quence et Part de prononcer; ce fut l’école de Bossuet; l’hommedestiné aux premiers emplois de la robe venait s’instruire à parler di-gnement. Aujourd’hui, qui fréquente nos spectacles! un certain nombrede jeunes gens et de jeunes femmes. La seconde raison est qu’on ararement des acteurs dignes de représenter Cinna et les Horaces. Onn’encourage peut-être pas assez cette profession, qui demande de l’es-prit, de l’éducation, une connaissance assez grande de la langue, ettous les talents extérieurs de Part oratoire. Mais quand il se trouvedes artistes qui réunissent tous ces mérites, c’est alors que Corneilleparaît dans toute sa grandeur. Mon admiration pour ce rare génie nem’empêchera point de suivre ici le devoir que je me suis prescrit, demarquer avec autant de franchise que d’impartialité ce qui me paraîtdéfectueux, aussi bien que ce qui me semble sublime. Autant les in-jures des d’Aubignac et de ceux qui leur ressemblent sont méprisables,autant on doit aimer un examen réfléchi, dans lequel on respecte tou-jours la vérité que l’on cherche, le goût des connaisseurs qu’on a con-sultés, et l’auteur illustre que l’on commente. La critique s’exercesur l’ouvrage, et non sur la personne : elle ne doit ménager aucundéfaut, si elle veut être utile. (V.)
1 Donner un ordre à des pompes! et, qui pis est, notre ordre! (V.)— Les éditions données par Corneille portent voire ordre , et non noireordre , comme Voltaire paroît Pavoir lu dans quelque édition peucorrecte.
FIN DE SERTORÏÜS.