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NOTICES ET PORTRAITS
nus sans que ceux de la société fussent encore ad-mis, et où l’on éprouvait le besoin de passer desidées aux réformes, il dirigea surtout ses études etson examen sur les institutions politiques. 11 s’ac-coutuma a regarder les arrangements sociaux pro-venus de la conquête comme des abus, et lesdistinctions produites par l’inégalité comme des in-justices. 11 se prépara a n’accorder son obéissancequ’a la loi, et a ne reconnaître d’autre différenceentre les hommes que le mérite. 11 pressentit la re-ligion du droit, et il adopta avec ardeur, pour le *réaliser plus tard, le dogme nouveau de l’égalitésociale, qui était le christianisme politique dumonde.
Les ouvrages qui le frappèrent d’abord le plus, etqui convenaient le mieux a ses goûts, furent lesouvrages de métaphysique : « Aucun livre, dit-il lui-même, ne m’a procuré une satisfaction plus viveque ceux de Locke et Condillac 1 . » La théorie dulangage, la marche philosophique de l’esprit hu-main, les méthodes intellectuelles, l’occupèrentalors fortement. 11 pensa beaucoup, mais il n’écri-vit rien. Il examina le système des économistes quifondaient la richesse, non sur le travail de l’homme,mais sur les productions du sol ; il le trouva supé-rieur a la routine ancienne, mais il le regardacomme étroit et insuffisant. Il avait alors vingt-sixans. En 1775, il quitta Paris pour se rendre en Ilre-
1 Notice sur la vie de Sieyès. Paris, clioz Maradan, 1794, p. 8.