212 HISTOIRE D’'ANGLETERRE,
Les habitants se couchaient avec des armes à leur chevet; de grossespierres et de l’eau bouillante étaient toujours prêtes pour écraser ouéchauder les pillards qui pouvaient, d’un moment à l'autre, assaillirla chétive garnison. Les juges, dans leurs tournées, accompagnés detout le corps des avocats, des procureurs, des clercs, et de nombreuxserviteurs, n’allaient de Newcastle à Carlisle que montés sur des che-vaux. armés et escortés par un fort détachement de troupes sous lecommandement des shériffs. Il fallait porter avec soi des vivres, car lepays était si désert qu’il n’offrait aucune ressource; et l’on montreencore l’emplacement où la cavalcade faisait halte pour le dîner, sousun chêne gigantesque. L’'habitant des districts plus tranquilles étaitsouvent choqué de la rigueur sommaire avec laquelle on administraitla justice criminelle; les jurés, animés par la haine et le sentiment dudanger commun, condamnaient indistinctement les vols à main arméeet les vols de bétail, avec autant de promptitude qu’une cour martialeaprès une révolte, et les condamnés étaient envoyés au gibet parvingtaines*. De nos jours, des vieillards se souviennent encore dutemps où un chasseur, qui aurait poursuivi le gibier jusqu’auxsources du Tyne, aurait trouvé les bruyères de Keeldar Castle peu-plées par une race aussi sauvage que les Indiens de la Californie, etentendu des femmes demi-nues chanter des airs barbares tandis queles hommes dansaient leurs rondes de guerre en brandissant leurspoignards?.
La paix s'établit cependant lentement et difficilement sur la fron-tière, et à sa suite se développèrent l’industrie et les arts. On décou-vrit enfin que la région au nord de la Trent possédait dans ses minesde charbon une source de richesses plus précieuse que les mines duPérou; on s’aperçut aussi que le voisinage des mines permettait d'établiravec profit toute espèce de manufacture, et le flot de l’émigration sedirigea vers le nord. Nous avons vu, dans les rôles de 1841, que l’an-cienne province épiscopale d’York contenait deux septièmes de lapopulation de l’Angleterre. A l’époque de la révolution, cette provincen’en contenait, dit-on, qu’un septième*. Dans le comté de Lancastrela population est devenue neuf fois plus considérable, tandis que dansle Suffolk, le Norfolk et le Northampton elle à tout au plus doublé*.
4.« North’s life of Guildford;» et« Hutebinson’s history of Cumberland, parish of Brampton.»
2. Voyez le journal de sir Walter Scott, oct. 7, 1827, dans sa Vie, par M. Lockhart.
3.« Dalrymple, Appendix» à la partie 11, livre Ier. Les rôles de la taxe des feux conduisent à lamême conclusion. Les feux de la province d’York n’étaient qu’un sixième de tous ceux de l’Angleterre.
4. Je ne peux pas prétendre, il va sans dire, à une bien grande exactitude; mais quiconque voudra