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Histoire d'Angleterre depuis l'avénement de Jacques II / par T.B. Macaulay ; traduit de l'anglais par le baron Jules de Peyronnet
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402 HISTOIRE DANGLETERRE.

pauvre et dépouillé de son comté, pouvait à tout moment faire éclaterune guerre civile sérieuse: il n'avait quà se montrer sur la côte deLorn, et une armée se formerait en peu de jours autour de lui. Secondépar des circonstances favorables, il pouvait entraîner à sa suite jusqu'àcinq mille combattants dévoués, accoutumés aux exercices guerriers,capables de se mesurer en plaine avec des troupes régulières, et peut-être supérieurs à toute troupe régulière pour la défense des défilés sau-vages de leurs montagnes environnées de brouillards et coupées par desravins. Quelques années plus tard, à Killiecrankie, on vit ce dont étaitcapable une semblable force bien dirigée contre des régiments aguerriset commandés par dhabiles généraux:

Mais quelque grands que fussent les titres dArgyle à la confiance

des exilés écossais, il'en était cependant parmi eux qui ne l'aimaientpas, et qui, tout en se servant de son nom et de son influence, se re-fusaient à lui confier un pouvoir réel. Sir Patrick Hume, de Polwarth,dans le Berwickshire, chef de cette faction, était un gentilhomme desbasses-terres qui avait été compromis dans le complot whig, et quin'avait échappé quà grandpeine aux vengeances de la cour. On a jetéde grands doutes sur sa loyauté, mais sans raisons suflisantes; cepen-dant, il faut admettre quil fit autant de tort à la cause par son obsti-nation quil eût pu lui en faire par la trahison, Hume était un hommevaniteux, susceptible, entêté, inerte devant l'ennemi, nayant d'acti-vité que contre ses alliés, incapable à la fois de commander et dobéir.Il avait pour ami intime un autre exilé écossais, très-connu, qui possé-dait à un moindre degré les mêmes défauts; c'était Sir J ohn Cochrane,fils cadet du comte de Dundonald.

Andrew Fletcher, de Saltoun, jouissait dune renommée plus pure;c'était un homme distingué par son savoir et son éloquence, remar-quable par son courage, son désintéressement, son patriotisme, maisayant malheureusement un caractère difficile et intraitable. La mau-raise administration dune suite de princes avait inspiré à Fletchercomme à ses contemporains illustres, Milton, Harrington, Marvel etSidney, une aversion profonde pour la monarchie héréditaire. Toute-fois, ce nétait pas un démocrate. Chef dune ancienne famille nor-mande, il senorgueillissait de son origine; grand orateur et grandécrivain, il était fier de sa supériorité intellectuelle. En sa doublequalité de gentilhomme et de savant, il n'avait que dédain pour lebas peuple, auquel il était si peu disposé à accorder des droits poli-tiques, qu'il allait même jusquà le trouver indigne de liberté indivi-quelle. 11 est assez singulier, en effet, que Fletcher, le républicain le plus