168
LES PRÉCIEUSES RIDICULES,
leur ! au voleur ! au voleur ! au voleur ! Ne (liriez-vous pasque c’est un homme qui crie et court après un voleur pour lefaire arrêter? Au voleur! au voleur! au voleurl au vo-leur!
MADELON.
U faut avouer que cela a un tour spirituel et galant.
MASCARILLE.
Je veux vous dire l’air que j’ai fait dessus.
CAT1I0S.
Vous avez appris la musique?
MASCARILLE.
Moi ? Point du tout.
CATHOS.
Comment donc cela se peut-il ?
MASCARILLE.
Les gens de qualité savent tout sans avoir jamais rien ap-pris.
MADELON.
Assurément, ma chère.
MASCARILLE.
Écoutez si vous trouverez l’air à votre goût : Hem, hem,la, la, la, la, la. La brutalité de la saison a furieusementoutragé la délicatesse de ma voix ; mais il n’importe, c’est àla cavalière. ( 11 chante. )
Oh ! oh ! je n’y prenais pas garde, etc.
CATHOS.
Ah! que voilà un air qui est passionné ! Est-ce qu’on n’enmeurt point ?
MADELON.
Il y a de la chromatique là-dedans.
MASCARILLE.
Ne trouvez-vous pas la pensée bien exprimée dans le chant?Au voleur ! au voleur ! Et puis, comme si l’on criait bienfort, au, au, au, au, au voleur ! Et tout d’un coup,comme une personne essoufflée, au voleur!
MADELON.
C’est là savoir le fin des choses , le grand fin, le fin du fin.Tout est merveilleux, je vous assure ; je suis enthousiasméede l’air et des paroles.
CATHOS.
Je n’ai encore rien vu de cetle force-là.
■ MASCARILLE.
Tout ce que je fais me vient naturellement, c’est sansétude.