SCÈNE XIX.
181
CORGIBUS.
Oui, c’est une pièce sanglante, mais qui est un effet de vo-tre impertinence, infâmes ! Ils se sont ressentis du traitementque vous leur avez fait, et cependant, malheureux que jesuis, il faut que je boive l’affront.
MADELON.
Ah ! je jure que nous en serons vengées, ou que je mourraien la peine. Et vous, marauds, osez-vous vous tenir ici aprèsvotre insolence ?
MASCARILLE.
Traiter comme cela un marquis ! Voilà ce que c’est que dumonde, la moindre disgrâce nous fait mépriser de ceux quinous chérissaient. Allons, camarade, allons chercher fortuneautre part; je vois bien qu’on n’aime ici que la vaine appa-rence, et qu’on n’y considère point la vertu toute nue. -
SCÈNE XIX.
GORGIBUS, MADELON, CATHOS, VIOLONS.
UN DES VIOLONS.
Monsieur, nous entendons que vous nous contentiez, à leurdéfaut, pour ce que nous avons joué ici.
dORGIBUS les battant.
Oui, oui, je vous vais contenter, et voici la monnaie dontje vous veux payer. Et vous, pendardes, je ne sais qui metient que je ne vous en fasse autant ; nous allons servir de fa-ble et de risée à tout le monde, et voilà ce que vous vous êtesattiré par vos extravagances. Allez vous cacher, vilaines;allez vous cacher pour jamais. (Seul.) Et vous, qui êtes causede leur folie, sottes .billevesées (1), pernicieux amuse-ments des esprits oisifs, romans, vers, chansons, sonnets etsonnettes, puissiez-vous être à tous les diables !
(i) Billevesées , ou plutôt billevesées , ainsi que l’écrit Rabelais. Balleremplie de vent, et, par allusion, discours vains, trompeurs. Mot com-posé de bille, balle, et de vezer, souffler, ou de veze, musette. Delàbillevesée, comme l’explique fort bien Furetière, pour balle souffléepleine de vent. C’est précisément le nugas canorœ des Latins.
FIN DF.S PRÉCIEUSES RIDICULES.
I(i
Moubkh.— t. I.