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SGANARELLF.,
Depuis huit jours entiers, avec vos longues traites,
Nous sommes à piquer de chiennes de mazettes,
De qui le train maudit nous a tant secoués,
Que je m’en sens, pour moi, tous les membres roués ;
Sans préjudice encor d’un accident bien pire,
Qui m’afflige un endroit que je ne veux pas dire :
Cependant, arrivé, vous sortez bien et beau,
Sans prendre de repos, ni manger un morceau.
LÉLIE.
Ce grand empressement n’est point digne de blâme ;
De l’hymen de Célie on alarme mon âme ;
Tu sais que je l’adore ; et je veux être instruit,
Avant tout autre soin, de ce funeste bruit.
GROS-RENÉ.
Oui, mais un bon repas vous serait nécessairePour s’aller éclaircir,.monsieur, de cette affaire ;
Et votre cœur, sans doute, en deviendrait plus fortPour pouvoir résister aux attaques du sort :
J’en juge par moi-même, et la moindre disgrâce,
Lorsque je suis à jeun, me saisit, me terrasse ;
Mais quand j’ai bien mangé, mon âme est ferme à tout,
Et les plus grands revers n’en viendraient pas à bout.Croyez-moi, bourrez-vous, et sans réserve aucune,
Contre les coups que peut vous porter la fortune ;
Et, pour fermer chez vous l’entrée à la douleur,
De vingt verres de vin entourez votre cœur.
LÉLIE.
Je ne saurais manger.
CROS-RENÉ bas, à part.
Si ferai bien, je meure ( 1 ).
(Haut.)
Votre dîner pourtant serait prêt tout à l’heure.
LÉLIE.
Tais-toi, je te l’ordonne.
GROS-RENÉ.
Ah ! quel ordre inhumain !
LÉLIE.
J’aide l’inquiétude, et non pas de la faim.
GROS-RENÉ.
Et moi, j’ai de la faim, et de l’inquiétude
(i) Si ferai bien, je meure. Ce qui veut dire, oui, assurément je leferai bien. Si est un vieux mot que Molière emploie assez souvent, etqu’on trouve même dans le Tartufe . Nicot, dans son Trésor de la languefrançaise, dit qu’il sert à renforcer le verbe qui le suit.