358 LA CRITIQUE DE L’ÉCOLE DES FEMMES,
çon de plaisanter pour des courtisans, et qu’un homme mou-tre d’espritlorsqu’il vient vous dire : Madame, vous êtes dansla place Royale, et tout le monde vous voit de trois lieues deParis, car chacun vous voit de bon œil ; à cause que Bonneuilest un village à trois lieues d’ici ! Cela n’est-il pas bien galantet bien spirituel ? Et ceux qui trouvent ces belles rencontresn’ont-ils pas lieu de s’en glorifier ?
URANIE.
On ne dit pas cela aussi comme une chose spirituelle ; et laplupart de ceux qui affectent ce langage savent bien eux-mêmes qu’il est ridicule.
ÉLISE.
Tant pis encore, de prendre peine à dire des sottises, etd’être mauvais plaisants de dessein formé. Je les en tiens moinsexcusables; et si j’en étais juge, je sais bien à quoi je con-damnerais tous ces messieurs les turlupins.
URANIE.
Laissons cette matière qui t’échauffe un peu trop, et disons que Dorante vient bien tard, à mon avis, poux - le souperque nous devons faire ensemble.
ÉLISE.
Peut-être l’a-t-il oublié, et que..
SCENE IL
URANIE, ÉLISE, GALOPINGALOPIN.
Voilà Climène, madame, qui vient ici pour vous voir.
URANIE.
Eh , mon Dieu ! quelle visite !
ÉLISE.
Vous vous plaigniez d’être seule; aussi le ciel vous en punit.
URANIE.
Vite, qu’on aille dire que je n’y suis pas.
GALOPIN
On a déjà dit que vous y étiez.
URANIE.
Et qui est le sot qui l’a dit?
GALOPIN.
Moi, madame.
URANIE. '
Diantre soit le petit vilain ! Je vous apprendrai bien à fairevos réponses de vous-même.