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370 LA CRITIQUE DE L’ÉCOLE DES FEMMES,
prendre rien sur mon compte de tout ce qui s’y dit. Cessortes de satires tombent directement sur les mœurs, et nefrappent les personnes que par réflexion. N’allons point nousappliquer nous-mêmes les traits d’une censure générale ; etprofitons de la leçon, si nous pouvons, sans faire semblantqu’on parle à nous. Toutes les peintures ridicules qu’on ex-pose sur les théâtres doivent être regardées sans chagrin detout le monde. Ce sont miroirs publics, où il ne faut jamaistémoigner qu’on se voie ; et c’est se taxer hautement d’un dé-faut que se scandaliser qu’on le reprenne.
CLIMÈNE.
Pour moi, je ne parle pas de ces choses par la part que j’ypuisse avoir, et je pense que je vis d’un air dans le monde àne pas craindre d’être cherchée dans les peintures qu’on faitlà des femmes qui se gouvernent mal.
ÉLISE.
Assurément, madame, on ne vous y cherchera point.Votreconduite est assez connue , et ce sont de ces sortes de chosesqui ne sont contestées de personne.
URANIE à Climène.
Aussi, madame, n’ai-je rien dit qui aille à vous ; et mes pa-roles , comme les satires de la comédie , demeurent dans lathèse générale.
CLIMÈNE.
Je n’en doute pas, madame. Mais enfin passons sur ce cha-pitre. Je ne sais pas de quelle façon vous recevez les injuresqu’on dit à notre sexe dans un certain endroit de la pièce ; et,pour moi, je vous avoue que je suis dans une colère épouvan-table , de voir que cet auteur impertinent nous appelle desanimaux.
URANIE.
Ne voyez-vous pas que c’est un ridicule qu’il fait parler ?
DORANTE.
* Et puis, madame, ne savez-vous pas que les injures desamants n’offensent jamais ; qu’il est des amours emportésaussi bien que des doucereux ; et qu’en de pareilles occasionsles paroles les plus étranges, et quelque chose de pis encore,se prennent bien souvent ;pour des marques d’affection, parcelles même qui les reçoivent?
ÉLISE.
Dites tout ce que vous voudrez, je ne saurais digérer cela,non plus que 1 % potage et la tarte à la crème, dont madamea parlé tantôt.