PRÉFACE. xxj
dable; ce font qualités au-deffus de ma portée. Comme ilm’é-toit impoflible de l’imiter en cela, j’ai crû qu’il falloit en ré-compenfe égayer l’ouvrage plus qu’il n’a fait. Non que je leblâme d’en être demeuré dans ces termes : la langue latine n’endemandoit pas davantage; & fi l’on y veut prendre garde, onreconnoîtra dans cet auteur le vrai caraétére & le vrai génie deTérence. La fimplicité eft magnifique chez ces grands hom-mes : moi qui n’ai pas les perfections du langage comme ils lesont eues, je ne la puis élever à un fi haut point. Il a doncfallu fe récompenfer d’ailleurs : c’efl ce que j’ai fait avec d’au-tant plus de hardielîe, que Quintilien dit qu’on ne fçauroit tropégayer les narrations. Il ne s’agit pas ici d’en apporter uneraifon : c’efl: allez que Quintilien l’ait dit. J’ai pourtant con-fîdéré que ces fables étant fçues de tout le monde, je ne fe-rais rien fi je ne les rendois nouvelles par quelques traits quien relevaffent le goût: c’efl ce qu’on demande aujourd’hui;onvent de la nouveauté & de la gaieté. Je n’appelle pas/ gaieté cequi excite le rire ; mais un certain charme, un air agréable qu’onpeut donner à toutes fortes de fujets, même les plus férieux.
Mais ce n’eft pas tant par la forme que j’ai donnée à cet ou-vrage qu’on en doit mcfurcr le prix, que par fan utilité & famatière. Car qu’y a-1-il de recommendable dans les produc-tions de l’efprit, qui ne fe rencontre dans l’apologue ? C’eflquelque cbofe de fi divin, que plufieurs perfonnages de l’an-tiquité ont attribué la plus grande partie de ces fables à Socra-te, choififîant pour leur fervir de pere, celui des mortels quiavoit le plus de communication avec les Dieux. Je ne fçaiscomme ils n’ont point fait defcendre du ciel ces mêmes fables, &comme ils ne leur ont point affigné un Dieu qui en eût la direc-tion , ainfi qu'à la poëfie & à l’éloquence. Ce que je dis n’eft pastout-à-fait fans fondement ; puifque, s’il m’eft permis de mêler ceque nous avons de plus facré parmi les erreurs du paganifine,nous voyons que la vérité a parlé aux hommes par paraboles ; &la parabole eft-elle autre chofe que l’apologue ? c’eft-à-dire, unexemple fabuleux, & qui s’infinue avec d’autant plus de facilité& d’effet, qu’il eft plus commun & plus familier. Qui ne nous
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