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Fables Choisies, Mises En Vers / Par J. De La Fontaine
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PRÉFACE . xxiij

divers caractères y font exprimés ; par conféquent les nôtresaufîl, puifque nous fommes labrégé de ce quil y a de bon& de mauvais dans les créatures irraifonnables. Quand Pro-methée voulut former lhomme, il prit la qualité dominantede chaque bête. De ces pièces fi différentes il compofa no-tre efpece ; il fit cet ouvrage quon appelle le petit monde.Ainfi ces fables font un tableau, chacun de nous fe trouvedépeint. Ce quelles nous repréfentent confirme les perfonnesdage avancé dans les connoiffances que lufage leur a don-nées , & apprend aux enfans ce quil faut qu'ils fçachent. Com-me ces derniers font nouveaux venus dans le monde, ils nenconnoiffent pas encore les habitans ; ils ne fe connoiffent paseux-mêmes. On ne les doit laiffer dans cette ignorance quele moins quon peut : il leur faut apprendre ce que ceft quunlion, un renard, ainfi du refte ; & pourquoi lon comparequelquefois un homme à- ce renard , ou à ce lion. Cefl; àquoi les fables travaillent : les premières notions de ces cho-fes proviennent delles.

Jai déjà paffé la longueur ordinaire des préfaces ; cependantje nai pas encore rendu raifon de la conduite de mon ouvra-ge. Lapologue cil compofé de deux parties, dont on peutappeller lune le corps, lautre lame. Le corps efl la fable;lame efl; la moralité. Ariftote nadmet la fable que dans lesanimaux; il en exclut les hommes & les plantes. Cette régieefl: moins de nécefllté que de bienféance; puifque ni Efope,ni Phèdre, ni aucun des fabuliftes ne la gardée : tout au con-traire de la moralité dont aucun ne fe difpenfe. Que sil meftarrivé de le faire, ce na été que dans les endroits elle na entrer avec grâce, & il efl; aifé au leéteur de la fup-pléer. On ne confidère en France que ce qui plaît : c'efi lagrande régie , & pour ainfi dire la feule. Je nai donc pas cruque ce fût un crime de paffer par - deffus les anciennes coutu-mes , lorfque je ne pouvois les mettre en ufage fans leur fairetort. Du temps dEfope, la fable étoit contée Amplement, lamoralité féparée, & toujours enfuite. Phèdre efl: venu quine seft pas affujetti à cet ordre; il embellit la narration, &