CHOISIES. Liv. I. . 7
FABLE IV.
Les deux Mulets.
Deux Mulets cheminoient, l'un d’avoine chargé.L’autre portant l’argent de la gabelle.
Celui-ci, glorieux d’une charge 11 belle,
N’eût voulu pour beaucoup en être foulagé»
Il marchoit d’un pas relevé,
Et faifoit fonner là fonnette :
Quand l’ennemi le prefentanf,
Comme il en vouloit à l’argent,
Sur le Mulet du fifc une troupe fe jette,
Le fai fit au frein & l’arrête.
Le Mulet, en fe défendant,
Se fent percer de coups, il gémit, il foupire.
EU-ce donc là, dit-il, ce qu’on m’avoit promis?Ce Mulet qui me fuit, du danger fe retire,
Et moi j’y tombe & j’y péris.
Ami, lui dit fou camarade,
Il n’ell: pas toujours bon d’avoir un haut emploi:
Si cun’avois fervi qu’un meunier, comme moi.
Tu ne ferois pas fi malade.