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LE PHILOSOPHE
vie dépende du succès de ses amours, la Rusée,pour laquelle il soupire, aime un Estafier, qui se
regarde dans le Miroir tout le tems qu’il est
auprès d elle, & qui fait voir par-là qu’elle pour-
roit bien être fa Rivale ; mais qu’elle ne fera ja-
mais fa Maîtresse. Malgré tout cela , l’infortunóCinthio, le même que j’ai décrit, fans le nommer,dans ma première Feuille volante , se flate d’unevaine eípérance, qu’après avoir découvert la Beau-té qu’il adore, il se la rendra favorable , par lelangage de ses yeux , quoique ceux de la Bellene soient attentifs qu’à celui qui détourne fa vued’elle > ce qui est assez ordinaire au beau Sexe.
C’est fans doute une bévue des Anciens , d’a-voir représenté le petit Seigneur Cupidon par unjeune Garçon aveugle , puisqu’au pié de la let-tre c’est un petit Voleur qui ne fait que regarderde travers & du coin de l’œuil. Demandez-en desnouvelles à Mile. Meddlé , qui est la Confidente,ou l’Espionne de toutes les Intrigues amoureusesde la Ville ; & vous saurez que tout n’y est qu’unJeu de propos rompus. L’Amant poursuit d’or-dinaire celle qui le fuit , & il fuit celle qui lecherche. Faut - il prouver par un Exemple quecette paillon ne peut être mieux représentée quepar la figure louche d’un petit Voleur dont lesyeux tournent d’un côté pendant qu’il regarde del’autre ? Observez bien Clarice quand vous la ver-rez. Vous trouverez que lorsque ses yeux pleinsde douceur ont fait le tour de la Compagnie,elle ne les arrête pas fur celui qu’elle doit épou-ser , à ce qu’on dit, mais elle les fixe pour deuxminutes fur Mr. Wildair , qui ne la regarde point,