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LE PHILOSOPHE
fleur de votre âge, environné de Fláteurs, & te-nant la Victoire enchaînée. Que dan? les torrensde la prospérité , votre Majesté , enivrée de tantde succès, se soit fait ces fausses idées de Gran-deur, & les ait suivies, il n’y a peut-être pas dequoi s’en étonner. Mais lorsque la Vieillesse, lesRevers, le; Calamités publiques, les Maladies, lorsque tout, en un mot, conspire à vous faire ren-trer dans vous-même, juste Ciel! se peut-il quevous ne sentiez point de remords ? Quand on estaffligé soi-mème, peut-on être insensible aux mauxd’autrui? Le chagrin se soulage-t-il à méditer dessupplices, & la douleur fut-elle jamais cruelle?
Je ne dois pas avertir votre Majesté que ce queje viens de dire est du plus grand sérieux, & dela derniere importance. Vous vous piquez de zèjepour la Religion. Si vous la connoissez, faut-ilque l’on vous prie d’arrêter l’effusion du sang hu-main, & de ne pas perdre l’occasion qui se pré-sente de donner la Paix à vos Peuples ? II est temsque le Charme, qui vous fit chercher la gloire dansles homicides & dans l’opprelsion, se dissipe. Sou-venez - vous que le grand jour approche, où leMonde doit disparoitre à vos yeux. Dans ce mo-ment redoutable, où la Terre & la Mer rend.onttous leurs Morts, & où vous comparoitrez avecvos Sujets devant l’auguste Tribunal du Souve-rain Juge, que direz-vous, Roi d é'France, que di-rez-vous en présence de ces millions de person-nes que vous sites périr par l’Epée , & dont votreOrgueil abrégea la vie? Sera-ce en rendre compteà Dieu que de lui dire, Ces gens-lA sont morts pourma gloire j je les ai sacrifiez à mon Ambition ? Je le
fepe.