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LE PHILOSOPHE
puisque c’est un Caractère à part, & que l’on nedoit pas confondre avec le précédent. Quelques-uns obtiennent ce Titra de distinction de la faveurdes Dames qui aiment généreusement à prendrefous leur protection certains Hommes dont les au-tres fe moquent. Le Colonel Brunes tient le pre-mier rang parmi les Gens de cet ordre. II est unHomme de façon, parce qu’il veut l’êtré, & fetire joliment de toutes les Compagnies , parcequ’il a trop d’indolence pour remarquer s’il offen-se quelqu’un & trop bonne opinion de lui mê-me pour fe déconcerter, quand même il s’apper-cevroit de la faute. Trouvant que la dispositiondes Esprits lui est favorable, il pousse hardimentfa pointe & s’empare de toute la Conversation.Profitant de toute fa bonne fortune, il prime a-vec les beaux Esprits, il s’émancipe avec les Da-mes , il fait des leçons de débauche aux Petits-Maittes. II est souffert dans une Compagnie, par-ce qu’on le souffre dans une autre, & chacun letraite avec honnêteté, beaucoup moins pour l’efitime qu’on fait de fa personne, que par complai-sance pour l’opinion publique. Je fuis ravi devoir que le monde est devenu si charitable, quel’on a;de ainsi mutuellement à fe tromper à l’avan-tage de son prochain, & je ne defefpere pas queBrrnet ne s’éleve au grade d’Officier Général, n’é-poufe une belle Femme, & n’ait acquis de grandsbiens, avant que les gens fe soient hazardez de fedire l'uti à l’autre ce qu’ils pensent de son peude mérite. Ce qui me paroit le plus plaisant enceci, c’est que la faveur de cet Homme n’est l’ou-vrage que de fes défauts naturels, & qu’il feroit
lui-