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LE PHILOSOPHE
la pitié est la cause la plus ordinaire qui lui arrâ-che des pleurs. Naturellement sujets aux mçmesAccidens que les autres , & susceptibles des mê-mes sentimens en Circonstances pareilles, l’Amourpropre , & ^application que nous nous faisonsd’une souffrance étrangère , nous inspirent de laCompassion pour les Personnes qui souffrent. Cet-te Compassion opéré diversement sur les deuxSexes. Elle porte fur le champ les Femmes àpleurer, mais elle engage les Hommes à considé-rer ce qui se doit faire en cet état de douleur.Ainsi les Femmes s’attendrissent le plus en faveurdes personnes qu’elles entendent se plaindre , &les Hommes font plus touchez des maux que Ponsouffre en silence. Ce n’est pas. l’afHiction elle-mème , c’est le malheur d’un autre qui exigenotre pitié; car les Passions étrangères nous inté-ressent fort peu lors qu’elles font purement per-sonnelles. On refuse son Estime à celui qui seloué lui-même, & sa Compassion à celui qui s’é-vapore en lamentations.
Comme je traversois l’autre jour tine petiteRue , j’y vis un Mendiant effronté , qui étour-dissent tout le monde , en criant qu 5 // avoit étéhlejsé sur un Vaisseau Marchand , & qu’il y avoitperdu ses pauvres Membres , montrant en mêmeterris, une jambe qu’il avoit couverte de Bandes.A fa vue, & à son bruit , tous les Passans s’é-cartoient au plus vite. Mais il y avoit à l’autrebout, un Pauvre, tout en guenilles, qui d’un aieabatu, & d’une voix baffe, supplioit qu’o» dai-gnât jetter les yeux fur m Homme qui n’étoìt pas népour mendier. II n’y eut presque personne qui ne