NOUVELLISTE. Art. XXXIII. 26 .
qu’autant que l’on paroît être touché toi-même.Veut-on exciter notre Pitié pour une Personnequi souffre ? II saut nous la peindre sensible àses maux, mais les soutenant avec dignité. Nouslui donnerons tous les soupirs qu’elle se refuse,& toutes les plaintes qu’elle a supprimées.
Je me souviens, que dans le tems de ma jeu-nesse , j’ai été souvent à la Chasse du Cerf, &m’y suis trouvé plus d’une fois aux derniers aboisde la Bête. Après avoir vû ce pauvre Animal,dans une Affliction qui ressemble à celle des hom-mes , ne jettant aucun cri, & pleurant en silen-ce, je ne pouvois plus voir ses Quartiers fur laTable, fans me rappelles, avec quelque saisisse-ment , ce triste spectacle.
Au reste nous ne donnons pas dès larmes seu-lement à la Pitié. Notre Ame y a aussi recours,pour se soulager elle-mème, dans (toutes les ren-contres où les Objets la jettent dans une grandeémotion. Ainsi Pattendrissement qui fait pleurerest un Signe équivoque de la grandeur ou de lafoiblesse de P Ame. J’ai oui dire que, (a) le Pa-pe d’aujourd’hui ne traverse jamais ce Peuple in-fini , qui se met à genoux dans les Rues pourlui demander la bénédiction , qu’on ne le voysles larmes aux yeux. Cela vient apparemmentde ce que se regardant lui-même comme le Perscommun de cette Multitude de Particuliers , ilveut leur donner à tous les marques d’une Bien-veillance qui soit de la même étendue. Des A-mis, qui sc revoyent après une longue absence,se sentent les mêmes transports. A leur premie-rs
(a) Clément XI.