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Le philosophe nouvelliste / traduit de l'anglois de Mr. Steele, par A.D.L.C. suivant l'edition d'Amsterdam de 1735
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LE PHILOSOPHE

sentimens du monde , il ne lui est pas possiblede parler franchement. Ce n’est pas qu’il ne lesouhaite bien, & qu’il ne soit mème mortifié de>ne le pas faire. Mais il finesse par tempérament,& chez lui la Ruse est une espèce d’iniiinct.

Celui qui doit épouser ma Sœur aura l'avan-tage de ne lui trouver que des défauts 'qui sonttous à elle ; certain tour d’efprit , certain goûtsingulier qu’elle ne tient que d’elle-mëme. Nouspouvons donc esperer que l’Uuion d’un Couplesi parfait va rendre à notre Famille le Visage ,i’Air , la Contenance, les Manières , & la Taille,qui lui firent autrefois tant d’honneur , & qu’iln’en fera plus chez nous comme ailleurs , oùl’on voit souvent dans une feule Maison le sangde dix Nations différentes. Je ne parle ainsi qu’a-près Mr. du Chapean-Verd. S’il faut l’en croire,il n’y a point de Compagnie en Angleterre , oùl’on ne découvre un mélange de différents Peu-ples, & rien n’y est plus rare qn’un véritable Bre-ton. 11 est vrai qu’au commencement du Repas,tous les Convives font Amis, Voisins, ou Gensde Connoiffance. Mais après avoir vuidé quel-ques Bouteilles, on entend le Danois qui soutientavec de gros sermens, que le Royaume lui ap-partient. Le Saxon lui déclare fur le même ton,que l’Epée en décidera. Le Normand lui dit, qu’ildéfendra fa Liberté contre eux ejeux, & le Galoisleur crie, qu’ils font tous étrangers , 6c qu’il lesfera bien sortir de son Isle. Ces Scènes fe pas-sent souvent entre les Enfans de la mème Rue,H quelquefois même entre les plus proches parens.Je le dis donc, & l’on ne fauroit trop le redire.