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Tome premier. A - AKR.
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LXVIII
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lxviij DISCOURS PRÉLIMINAIRE

meilleur ouvrage. (Jn autre n’a qu’esrteuré la matière, en la traitant!plutôt en Grammairien & en homme de Lettres, qu’en Artiste. Untroiiieme est à la vérité plus riche & plus ouvrier : mais il est en mémetems ii court, que les opérations des Artistes & la description de leursmachines, cette matière capable de fournir feule des Ouvrages consi-dérables, n’occupe que la très-peta'te partie du sien. Chambers n’aprcC.que rien ajouté à ce qu’il a traduit de nos Auteurs. Tout nous détermi.noitdonc-à recourir aux ouvriers.

On s’est adressé aux plus habiles de Paris & du Royaume ; on s’eftdonné la peine d’aller dans leurs atteliers, de les interroger, d’écrirefous leur dictée, de développer leurs pensées, d’en tirer les termespropres à leurs professions, d’en dresser des tables, & de les définir,de converser avec ceux de qui on avoit obtenu des mémoires, &( précaution presque indispensable) de rectifier dans de longs & fré-quens entretiens avec les uns, ce que d’autres avoient imparfaitement,obscurément, & quelquefois infideliement expliqué. 11 est des Artistesqui font en méme tems gens de Lettres , & nous en pourrions citer ici :mais le nombre en léroit fort petit. La plupart de ceux qui exercent lesArts méchaniques, ne les ont embrassés que par nécessité, & n’ope-rent que par instinct. A peine entre mille en trouve-t-on une douzaineen état de s’exprimer avec quelque clarté fur les instrumens qu'ils em-ploient &fur les ouvrages qu’ils fabriquent. Nous avons vu des ouvriersqui travaillent depuis quarante années , fans rien connoitre à leurs ma-chines. lia fallu exercer avec eux Ja fonction dont fe glorifioitSocrate ,la fonction pénible & délicate de faire accoucher les esprits, objìttrixenirnorum.

Mais il est des métiers si singuliers & des manœuvres si déliées, qu’àmoins de travailler foi-méme, de mouvoir une machine de ses propresmains, & de voir Pouvrage fe former fous fes propres yeux, il est diffi-cile d’en parler avec précision. 11 a donc fallu plusieurs fois fe procu-rer les machines , les construire, mettre la main à l’œuvre , fe rendre,pour ainsi dire , apprentis, & faire foi-méme de mauvais ouvrages,pour apprendre aux autres comment on en fait de bons.

C’est ainsi que nous nous sommes convaincus de l’ignorance dans la-quelle on est fur la plupart des objets de la vie, & de la difficulté desortir de cette ignorance. C’est ai n fi que nous nous sommes mis enétat de démontrer que l'homme de Lettres qui fait le plus fa Langue ,ne connolt pas la vingtième partie des mots ; que quoique chaque Areait la sienne, cette langue est encore bien imparfaite; que c'est pacl’extrême habitude de converser les uns avec les autres, que les ou-vriers s’entendent , & beaucoup plus par le retour des conjoncturesque par l’ufage des termes. Dans un attelier c’est le moment qui parle,& non l’artille.

Voici la méthode qu’on a suivie pour chaque Art. On a traité , i®.de la matière, des lieux où elle fe trouve, de la maniéré dont on laprepare, de fes bonnes & mauvaises qualités, de fes différentes efpo