Band 
Tome premier. A - AKR.
Seite
240
JPEG-Download
 

240 A C A

Venise, dans la chapelle Contarini tantadmirés du Cortone , an palais Toffeti,qn’ii faut voir le Tintoret; c’est là qu’onâppercoit qu’il n’avoit rien à craindredans la comparaison qn’on vouloit fairede lui avec Faul Véronese, ou avec lesautres habiles artistes de son temps; c’estlà qiì’on admire l’heureux talent qu’ileut de réunir l’excellence du coloris duTitien, à la fierté du dessein de Michel-Ange. C’est dans l’école de la Charité,attx Cordeliers conventuels, à S. Jean& S. Paul de Venise, qu’il faut étudierle Titien, & sur-tout dans le fameuxtableau qui représente §, Pierre martyr ,lequel, plus que tous ses autres ouvra-ges , fait connoître la sublimité de songénie : de même que la Nativité quele 8afan peignit pour sa ville natale,& l’Apparition de J. C. à la Vierge ,que le Guerchin fit à Cento sa patrie ,Font sentir le vrai caractère de ces deuxartistes. C’est à S. Zacharie & à S.George de Venise, dans le réfectoire desmoines de Notre-Dame du mont de Vi-cence , que triomphe Paul Véronese ; ila peint dans cet endroit la plus bellecene qui ait jamais été exécutée. C’est à'Urbain & à Lésera qu’on doit chercherle Baroche. C’est à Parme, & sur-toutdans le tableau de 8. Jérôme, que legoût éclairé du duc Infant a conservé àl’Italie , que s’est distingué le Correge.Annibal Carrache brille dans la gale-rie Farneíe ; & 8. Miehel-au-Bois estle théâtre de la gloire de Louis , quiréuffiffbít dans tous les styles, & queles Ultramontains ont mis’ trop au des-sous d’Annibal. C’est dans les églises deRome que le Dominfquain s’est le plussignalé. Le Vatican a été le champ ouRaphaël & Michel-Ange, eux qui por-tèrent dans la peinture tout le feu del’imagi nation la plus poétique, ont tra-vaillé à l’envi, & ont combattu pourla gloire d’étre couronnés an Capitole.Si un Italien se hasardoit de juger dumérite de le Brun sur quelque tableaude cet artiste qu’il auroit vu en Italie,il est certain que les Franqois le blà-meroient, & ils auroient raison. On leciteroit à la galerie de l’hôtel Lambert ;on le renverroit à celle de Versailles,lieux où le Brun peignit en concurrenceavec le Sueur, & où il disputa la palmeà Mígnard,

A C A

Qu’on ne dise pas que nous avons enestampes les ouvrages merveilleux deces habiles maîtres que l’on propose àLimitation des jeunes artistes. Les estam-pes, quelque adroite que soit la mainqui les a gravées , ne seront jamaisLimage fidele d’un tableau. Elles peu-vent bien exprimer les attitudes & lescontours des figures, les airs de tête enpartie , la composition & Lenfemble ;mais elles ne lauroient jamais rendrel'extrême délicatesse des chairs, la fraî-cheur & le moelleux des teintes; ellesfont disparoître le plus grand charmede la Peinture , la magie du coloris.D’ailleurs le burin n’a pas toujours étéfidele ; & tous les ouvrages des plusgrands maîtres ne sont pas gravés.Quelle différence d’étudier Sanlovin,Vignole & Palladio, dans les estam-pes on dans leurs chefs-d’œuvre d’Aíchi-tecture ?

C’est ainsi que le comte Algarottiprouve, d’une maniéré sensible, qu’iln’y a point de raison qui puisse dispen-ser les jeunes artistes, non seulementde France, mais encore des autres pays,de passer quelques anriées en Italie, lamere des beaux arts, pour s’y former& atteindre à la perfection. Louis XIVdonna une preuve de son discernement& dc son goût, lorsqu’il prit la résolu-tion d’y établir une académie ou école depeinture. Dans L exécution de ee projetglorieux, Rome méritoitla préférence ,à cause de la quantité de chef-d'ceuvresde peinture, d’arehitecture & de sculp-ture qu’eile renferme en son sein. Maisquoiqu’à cet égard Rome soit la premiè-re ville da monde, Labondance destrésors que Lltalie possede, devroit en-core attirer les François dans plusieursautres villes considérables, à Venisesur-tout, à Bologne & à Florence , outous ceux qui. aiment à cueillir lesfleurs les plus exquises dans le champdes beaux arts , trouvent amplementde quoi se satisfaire. A cette occasionîe comte Algarotti propose d’étendreHc de perfectionner Létabliffement deLouis XIV.

Quel avantage, dit-il, pour Lavt engénéral, & en particulier pour la Fran-ce , st Yacadémie de cette nation, établieà Rome, étendoit ses branches à Venise.à Bologne , à Florence, & y formo.it

des