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Tome premier. A - AKR.
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«lies accompagnent la parole.

II semble que la parole ( c’eft-à-ilire,lesfcns articulés) a été donnée àl’hom-jne pour exprimer ses idées, ce qu'il voit ,& que les intonations ( c’est-à-dire, lesaccent') lui ont été primitivement don-nées pour exprimer ses pallions, ce qu'ilsent.

Sur quoi il faut observer qu’aban-donné à lui-même, il n’a pu former,dans les commencemens, qu’un très-pctit nombre de sons articulés & d into-nations , non seulement parce qu’il n’adû avoir qu’un très-petit nombre d’idées& de pallions, tuais auffi parce que sesorganes n’ont pas d’abord été allez dé-ployés , pour pouvoir exécuter un nom-bre un peu considérable de sons & detons divers.

Mais l’habitude a peti-à-pen perfec-tionné ces deux facultés en nous. Le jeudes organes est devenu plus aisé, leseffets en ont été multipliés & diversifiés :en même temps que par un développe-ment naturel des facultés de l’ame on aeu plus d’idées & plus de pallions, lesmots & les intonations ont suivi le me-nte ordre, & nos moyens ont accru d’uncôté, à proportion que nos richessescroiíïbient de i’autre.

La Faculté dc former des sons articu-lés, & la faculté de former des accent,étoient faites pour agir ensemble : lesaccent ajoutent del’énergie, & donnentde l’ame aux paroles; les paroles ajou-tent de la précision & donnent un objetdéterminé aux accent, d’où l’on voit queles langues doivent infiniment gagner àcette association, à cet accord ; cette con-séquence est vraie, fur-tout lorsqu’il s’a-git de langues premieres & encore très-voisines de leur formation, car alors lesmots font des expressions naturelles,qui rendent les objets en les imitantauffi parfaitement qu’il est possible, &les accens ne font encore que le cri de lanature, que l’expression & l’esset pur &simple des dispositions actuelles & ana-logues de l’ame & du corps.

Cet état des langues pauvres, maisnettes, énergiques & vigoureuses, nedure pas long-temps: le cercle de limi-tation , cercle toujours trop étroit, abientôt été parcouru; il faut en fran-chir les bornes, & tant par une fuitenécessaire du besoin, que par un effet

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naturel de l’art on fe jete dans l’arbí-traire.

Juiqu’àcette époque, les nations éga-lement guidées par la nature, ont suivila même route, à-peu-près, l’-n biti airefait qu’elles s’en écartent & quillesfe partagèrent, pour suivre deux mé-thodes différentes : certains peuples ,comme les Chinois, ajoutent peu auxsons primitifs originairement inventés;mais ils y suppléent par les accens qu’ilsvarient à l’infini d’une maniéré prodi-gieuse : les autres peuples, tels queceux de l’Europe , multiplient leursmots bien plus que leurs accent-

De la multiplicité des sons & des ac-cens , & bien plus encore de l’arbitrairequi produit cette multiplicité, il luitque chez les peuples de la première clas-se, les accent déterminent & marquentsouvent les idées, tandis que chez lespeuples de la seconde classe ses mots oudu moins les tours de construction déter-minent & marquent souvent les passions,ainsi tout fe trouve dénaturé.

On peut demander laquelle de cesdeux méthodes qui partagent les lan-gues en deux classes, est la moins vi-cieuse , ou si l’on veut, la meilleure :cette question, aller curieuse en elle-même, est étrangère à notre objet :ainsi nous nous contenterons d’observerque les accens, consaorés à l’expreffiondes idées, ne doivent plus gnerc con-server de force, quand il s’agit de ren-dre les fentimens, an lieu que les mots11e perdent pas tant de leur netteté, pourêtre quelquefois chargés d’exprimer l’ef-fet que les objets font fur notre aine;d’où il fuivroit que la langue Chinoise,par exemple, est moins propre à émou-voir que nos langues Européennes oc-cidentales.

Une antre recherche bien dfeue d’oe-cuper quelque savant & habile obser-vateur, seroit celle des causes naturel-les ou fortuites qui ont pu déterminerles peuples à suivre des routes diffé-rentes , pour parvenir à enrichir leurslangues ; il nous semble qu’ici l’on pour-' roit beaucoup donner à i’instuence du\ climat.

Quoiqu’il en soit de ces deux ques-tions , il 11 e faut pas croire que les uns,en multipliant fur - tout les accent ,u'aient adopté pour sons articulés que