AGE
tris des lettres chassées de Constantino-ple , par la barbarie Turque. 11 animales génies dans tous les arts par ses bien-faits & par son accueil plus séduisantencore. Le style barbare de la Dateriefut aboli, & fit place à l’éloquence dou-ce & pure des Cardinaux Bembe & 8a-dolet. Par ses ordres , on fouilla dansles bibliothèques , on déterra les an-ciens manuscrits, & l’on procura deséditions exactes des meilleurs auteursde l’antiquité. Les poètes étoient sur-tout l'objet de sa complaisance. II ai-moit les vers & en íaisoit de très-jolis.II pouffa l'enthousiasme fi loin , qu’ildonna une bulle en faveur des poésies del’Arioste.
Dans cefiecle, qu’on appella celui desMédieis, le Triílìn dans son Italie dé-livrée fit entrevoir une espece d'imita-tion d’Homere. Le Tasse qui vint aprèsdonna le plus bel ouvrage qui soit sortide l’Italie. ï'racaítor fit imprimer ía Sy-philis, ouvrage dans le goût des Géor-giques de Virgile ; la littérature enfinsortit de* ténèbres.
Le quatrième âge est celui qu’on nom-me le fiecle de Louis XIV ; & c’est peut-être celui des quatre qui approche leplus de la perfection. Enrichi des dé-couvertes des trois autres , il a plus faiten certains genres que les trois ensem-ble. Tous les arts à la vérité n’ont pointété poussés plus loin que fous les Mé-dicis, fous les Auguste & les Alexan-dre; mais la raison humaine en générals’est perfectionnée, La saine philosophien’a été connue que dans ce temps : & ilest vrai de dire, qu’à commencer de-puis les dernieres années du cardinal deRichelieu , jufqu’à celles qui ont suivila mort de Louis XIV , ils’est fait dansnos arts , dans nos esprits , dans nosmœurs , comme dans notre gouverne-ment, une révolution générale qui doitservir démarqué éternelle à la véritablegloire de notre patrie. Cette heureuseinfluence ne s’est pas même arrêtée enFrance ; elle s’est étendue en Angleterre ;elle a excité l’émulat'on dont avoit alorsbesoin cette nation spirituelle & pro-fonde ; elle a porté le goût en Allema-gne , les sciences en Russie ; elle a mê-me ranimé l’Italie qui languissait , &l’Eiirope a dû fa politesse &: l’esprit desociété à la Cour de Louis XIV.
AGE 62 ?
Il ne finit pas croire que ces ficelésaient été exempts de malheurs & de cri-mes. Tous les siécles se ressemblent parla méchanceté des hommes ; mais il n’eftque ces quatre fiecles distingués par lesgrands talens.
Avant le fiecle que nous appelionsde Louis XIV , & qui commence à-peu-près à rétablissement del’AeadémieFrançoise, les Italiens appelloient tousles ultramontains du nom de Barbares :il faut avouer que les François méri-toient en quelque forte cette injure.Leurs peres joignoient la galanterie ro-manesque des Maures à la grostìereté go-thique ; ils n’avoient presque aucun desarts aimables ; ce qui prouve que lesarts utiles étoient négligés : car lorsqu’ona perfectionné ce qui est nécessaire , ontrouve bientôt le beau & l’agréable ; &il n’est pas étonnant que la Peinture , laSculpture, la Poésie , l’Eloquence , laPhilosophie, fussent presque inconnues'à une nation, qui ayant des ports furl’Océan & fur la Méditerranée , n’avoitpourtant point de flotte , & qui aimantle luxe à l’excès, avoit à peine quel-ques manufactures çroffieres.
Les Juifs, les Génois , les Vénitiens ,les Portugais, les Flamands, les Hol-landois , les Anglois firent tour-à-tourle commerce de la France, qui en igno-roit les principes. Louis XIII, à sonavènement à la couronne, n’avoit pasun vaisseau ; Paris ne contenoit pasquatre cents mille hommes, & n’étoitpas décoré de quatre beaux édifices ;les autres villes du royaume ressem-bloient à ces bourgs qu’on voit au de-là de la Loire. Toute la noblesse can-tonnée à la campagne dans des donjonsentourés de fossés, opprimoit ceux quicultivent la terre. Les grands cheminsétoient presque impraticables ; lesvilles étoient fans police . l’état fansargent, & le gouvernement presque tou-jours fans crédit parmi les nations étran-gères.
Louis XI. fit beaucoup pour la puis-sance royale ; mais rien pour la félicité& la gloire de la nation. François pre-mier fit naître le commerce, la naviga-tion , les lettres & tous les arts ; maisil fut trop malheureux pour leur faireprendre racine en France, & tous pé-rirent avec lui. Henri le Grand alloit re»
L ri 4