Band 
Tome premier. A - AKR.
Seite
661
JPEG-Download
 

A G R

ri’en connurent point d’antres, tantqu’ils Furent plus jaloux d'angoientcrleur félicité dans lc coin de terre, qu’iisoccupoient , qne de se transplanter endifférens endroits pour s'inirriiire dubonheur ou du malheur des autres: maisaussi - tôt que l'esprit de conquête eutaggrandi les sociétés & enfanté le luxe ,le commerce, & routes les autres mar-ques éclatantes de la grandeur & de laméchanceté des peuples, les métaux de-vinrent la représentation de la richesse ,Y agriculture perdit de ses premiers hon-neurs , L les travaux de la campagneabandonnés à des hommes subalternes,ne conservèrent leur ancienne dignitéque dans les chants des poètes. Lesbeaux esprits des iiecles de corruption,ne trouvant rien dans les villes qni prê-tât aux images & à la peinture , lé ré-pandirent encore en imagination dansles campagnes, & se plurent à retracerles mœurs anciennes , cruelle satyre decelles de leur temps : mais la terie sem-b'a se vengerelle-mème du méprisqu'onfaisoit de sa culture. “Elle nous don-,, noit autrefois, dit Pline, ses fruits„ avec abondance ; elle prenoit, pour„ ainsi dire, plaisir d’être cultivée par„ des charrues couronnées, par des mains,, triomphantes ; & pour correspondre à„ cet honneur, elle mulriplioit de tout,, son pouvoir ses productions. II n’en„ est plus de méme aujourd'hui ? nous„ Pavons abandonnée à des fermiers5, mercenaires ; nous la faisons cultiver„ par des esclaves ou par des forçats ; &„ l'on seroit tenté de croire qu’elle a res-», senti cet affront ”. Je ne saií quel estl'état de Yagriculture h la Chine." maisle pere du Halde nous apprend que l’ctn-pereur, pour en inspirer le goût à sessujets, met la main à la charrue tous lesans une Fois ; qti'il trace quelques sil-lons; & que les plus distingués de lacour lui iuccedent rour-à-tour au mêmetravail & à la même charrue.

Ceux qni s’occupent de la culture desterres font compris fous (es nomsde/a-boureurs.àzlabonreurs fermiers, feque/lrcs,économes , & chacune de ces dénomínations convient à tout seigneur qui faitvaloir ses terres par ses mains, & quicultive son champ. Les prérogatives qui»iu été accordées de tout temps à ceux

AGI 6§k

qui se font livrés à la culture des terres,leur font communes à tous. Ils font sou-mis aux mêmes ioix, & ces loix leur ontété favorables de tout temps ; elles sesont même quelquefois étendues juC-qu'aux animaux qui partageoientavecles hommes les travaux de lacampagn »II etoit défendu par une loi des Athé-niens, de tuer le bœuf qui sert à la char-rue ; il n’étoic pas même permis de ('im-moler en sacrifice. " Celui qni commet-„ tra cette faute, ou qui volera quelques„ outilsd’stgWca/íírrfJérapnni de mort”-Un jeune Romain accusé & convaincud’avoir tué un bœuf, pour satisfaire à labizarrerie d'un ami , fut condamné aubannissement, comme s’il eût tué foupropre métayer, ajoute Pline.

Mais ce n’étoit pas assez que de proté-ger par des loix les choses nécessaires aulabourage, il falloit encore veiller à latranquillité & à la sûreté du laboureur& de tout ee qui lui appartient. Ce futpar cette raison que Constantin le Granddéfendit à tout créancier de saisir pourdettes civiles les esclaves, les bœufs, &tous les instrumens du labour. “ S’il ar-„ rive aux créanciers, aux cautions, aux„ juges mêmes d'enfreindre cette loi,ils„ subiront une peine arbitraire à laquel-„ le lisseront condamnés par un juge„íupérieur”. Le même prince étenditcette défense par une autre loi, & enjoi-gnit aux receveurs de ses deniers, fouspeine de mort. de laisser en paix te la-boureur indigent. II concevoit que lesobstacles qu’on apporteroit ìVagricut-ture diminueroient ('abondance des vi-vres & du commerce, & par contre-coirpRetendue de ses droits. II y eut un tempsoù ('habitant des provinces étoit tenude fournir des chevaux de poste auxcoursiers, & des bœufs aux voitures pu-bliques; Constantin eut ('attention d’ex-cepter de ces corvées le cheval & le bœufservant au labour “. Vous punirez févé-5, rement, dit ee prince à ceux à qui il„ en avoit confié ('autorité, quiconque„ contreviendra à ma loi. Si c'est un,, homme d’un rang qui ne permette pas„ de sévir contre lui, dénoncez-le moi,„ & j’y pourvoirai : s’il n’y a point de„ chevaux ou de bœufs que ceux qui„ travaillent anx terres, que les voitu-„ rcs & les couriers attendent Les