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Tome premier. A - AKR.
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AIR

est contrarié par le second ; k conpe del'aìr indiquée parces deux vers, ne peutplus aller alix deux autres : ici 1 h phraseest trop concise, & là elle elt trop pro-longée; d où il arrive que le musicienest obligé de faire sur ces vers un chantqui n’a point d’unité, de motif & de ca-ractère ; ou de n’avoir aucun égard à laprolodie <&au sens.

On fait le même reproche aux vers deQuinault , les plus harmonieux peut-t'tre qui soient dans notre langue . &fur lesquels il est impossible de faireun air : ce qui prouve bien que l’har-monie poétique n’est pas 1 harmoniemusicale. Quinault a fait le mieux pos-sible pour l’espece de chant auquel sesvers etoient destinés , mais le chant pé-riodique dont il s’agit ici, n’etoit pasconnu de ion temps : il ne l'étoit pasmême en Italie. On fait que le FameuxCorelli n’en avoit pas l’idée, & Ltilli,son contemporain rignoroit commelui.

L’inventionde l'aìr, eu de la périodemusicale , est regardée par les Italienscomme la plus précieuse découvertequ'on ait faite en musique ; la gloire enest due à Vinci. Les italiens en ont abu-sé , comme on abuse de tous les plaisirs ;ils ont, fans doute, trop négligé !a vrai-semblance & l’analogie qui fait le char-me de l’expreísion , sur-tout dans cesairs de bravoure où l’on a brisé la lan-ue , & dénaturé le sentiment , íncri-é la vraisemblance & l'intérêt mêmeau plaisir d’cntendre une voix brillan-te badiner sur une roulade ou sur unpassage léger. Mais il y a long-tempsqu’on a dit que l’abus des bonnes cho-ses ne prouve pas qu’elles soient mau-vaises. II faut prendre des Italiens cequ’un goût pur & sain , ce qu’un sen-timent juste & délicat approuve ; leurlaisser le luxe & l’abus, se garantir del’excès , & tâcher de faire comme ilsont fait souvent, c’est-à-dire le mieuxpossible.

L’art d’arrondir &; de symmétriser lapériode musicale, a été jusqu’icï peu con-nu des François , si ce n’est d ans leursvaudevilles , où la phrase d’nn chantdonné a prescrit le rhyt.hmc des vers.Mais par les essais que j’en ai faits moi-mêmeau gré d’un musicien habile, j’oseassurer que notre langue s’accommode fa-

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ellement à cette formule de chant. Oncommence à le reconnoître , on com-mence vneme à sentir que le charme deVair, phrasé à sitalienne , manque à lascene de f opéra franqois pour ranimer& fembelsir; &lorsqu’on iaural’y em-ployer avec intelligence & avec avanta-ge , ainii que le duo est le récitatif obligé,il cn réfu tera , pour l’opéra franqois furl'opéra italien , une supériorité que je11e crains pas de prédire.

Mais ou aura toujours à regretter queleschef-d'œuvrcsdc Quinault soient pri-vés de cet ornement ; & celui qui réus-sirent à les en rendre susceptibles , enconservant à ces poèmes leurs inimita-bles beautés, Feroit plus qn’on ne l'an-roit croire, pour les progrès de la musi-que en France; & pour la gloire d’unthéâtre où Quinault doit toujours ré-gner.

Quelque mérite que l’on suppose àLulli, la facilité, la noblesse, le natu-rel de ion récitatif peuvent être imités;& dans tout le reste il n’est pas difficiled’ètie supérieur à lui. Mais rien peut-être ne remplacera jamais les poèmes deThesée, de Roland & d’Armide ; & tou-te nouveauté qui les bannira du théâtrenous laissera de longs regrets.

Le moyen le plus infaillible de nousrendre tout à coup passionnés pour unemusique nouvelle, ce feroit donc del’a-dapter à ces poèmes enchanteurs; & cen’est pas, fans y avoir réfléchi, que jecrois cela trcs-poffible.

J’ai dit que l’égalité des vers 11’étoîtpas essentielle à la fymmétrie du chant,soit parce que deux vers inégaux peuventavoir des mesures égales, & que le spon-dée, par exemple, qui n’a que deux syl-labes est l’équivalent du dactyle qui en atrois ; soit qu’il arrive aussi que le musi-cien, par des silences ou par des prola-tions, supplée au pie qui manque à unvers, pour égaler la longueur d’un autre ;soit enfin, parce que les phrases de chantqui ne sont pas correspondantes, n’ontpas besoin d’avoir entr’elles une par-faite égalité. Mais entre les membressymmétriqnement opposés d’nne pério-de , c’estnne chose précieuse que Légali-té du métré, & que l’idcntité des nom-bres , & fauteur qui me sert de guide , en, fait, avec raison . un mérite à Métas-i tase à l’exclusion d’Apoftolo Zeno ; voiciC c c 4