Band 
Tome second. AL - AOU.
Seite
68
JPEG-Download
 

68 ALE

miere fortune. Avant de partir, il vmi-lnt rendre visite à la mère de ce prince in-fortuné; il lui témoigna dc-s respects aussiaffectueux que fi elle eút été fa propremere : il la combla de magnifiques pre-ssens, & comme dans ton compliment, ilMéfia quelques usages de Perle, il lui enfit les excuses les pins touchantes. II di-rigea fa marche vers Persepolis, siège desanciens rois, & capitale de tout l’empire.Cette ville lui ouvrit ses portes, fans s’ex-poser au danger d’un siège. II eut degrands périls à essuyer, en franchissantdes défilés qit’on avoit regardés jusqu’a-lors comme inaceffibles à une armée. Lesdélices du climat caillèrent nue granderévolution dans ses mœurs. Ce héros so-bre & tempérant, qui aspirait à égaler lesdieux par ses vertus, &qùisedisoit dieuluimème, sembla se rapprocher du vul-gaire des hommes, en se livrànt aux plussales excès de l’intempérance. Un jourqu’il étoit plongé dans une ivresse brutale,il skbandonna aux conseils d’une courti-íanne qui avoit partagé fa déhanche, &qui lui demanda , comme un gage de sonamour, de réduire en cendres la demeuredes anciens rois. Alexandre , Follementcomplaisant, quitte k salle du festin , &accompagné de son amante insensée, qui,comme lui porte une torche enflammée,il met le feu an palais de Perlépolis, quipresque tout bâti de cedre pafioit pourla merveille du monde. Les soldats trans-portés d’une ivresse aussi furieuse , se ré-pandent en un instant dans toute la ville,qui bientôt ne fut plus qn'un amas decendres & de débris.Tel fnt, dit Quinte-Curce, le destin de Persepolis, qu’on ap-pelloit P<m7 de F orient, & où autrefois tantde nations venoient pour y perfection-ner leurs loix & leurs usages, Les adula-teurs de la fortune de ce héros ont tâchéd’adoucir Phorreur de cette action, enalléguant que la politique ne permettoitpas de laisser subsister une ville qui rap-pelloit aux Perses le souvenir de leurgrandeur éclipsée. C’est ainsi que les ado-rateurs des caprice* des rois érigent envertus les excès de l’intempérance. Ale-xandre plus fincere, & juge rigide de lui-mème, en fut puni par ses remords, & ilrépondit à ses courtisans, qui le félici-toîent d’avoir ainsi vengé la Grece : Jepmfe que vom miriez été mieux vengés

A L E

en contemplant votre roinfjìsfurie trône deX crxh , cjife jé viens de détruire.

11 sortit aussi-tòt de cette ville, qu’ilvenoit de changer eu un affreux désert,®sc mettant à la tête de sa cavalerie, il allaà la poursuite de Darius : il étoit impa-tient de savoir en sa puissance , non pourjouir du spectacle barbare de son malheur,mais pour faire éclater fa clémence & famodération. Phitarque prétend qu’il’fitcent trente-deux lieues en mois d’ónzejours, ce qui est difficile à croire, dans unpays aride, & où il falloit traverser d’im-m en ses solitudes qui ne produisent rienpour les besoin de l'homme. Ses troupesépuisées de fatigues se livraient à desmurmures séditieux, & faisaient mêmedifficulté de lc suivre. Sa dextérité à ma-nier sesprit du soldat, lui devint inutile ;il fut sur le point d’en être abandonné.On manquait d’eau depuis plus d’un jour,& on marchait fous un ciel brûlant & ava-re de la pluie. L’exemple de fa patiencecontint les murmurateurs. Un vivandierlui ayant présenté sur sheure du midi deseau dans un casque, il rejeta un présentfi délicieux, disant qu’il ne vouloit se dés-altérer qu’avec ses troupes.

Arrivéà Tbabas, aux extrémités de laParœtacene , on apperçutdans le fondd’une vallée nue misérable charettetraînée par des chevaux percés de traits.Cette charette partait lin homme cou-vert de blessures , & lié avec des chaî-nes d’or ; c’étoit Darius. Ce princeInfortuné > depuis la journée d’Ar-beile , avoit erré de province en pro-vince , jusqu’au moment qu’il fut as-sassiné par Dessus, gouverneur de la Bac-triane , qui crut par cet attentat s’appro-rier le reste de ses dépouilles. Alexandreému de ce spectacle, donna un libre coursà ses larmes : il ne put voir en cet état lemonarque de toute l’Asie, que ses peuplesquelque temps auparavant, avoient'révé-ré comme un dieu ; & qui s’étoit vu à latête d’un million d’hommes dévoués à ledéfendre. 11 détacha cette riche cotte d’ar-mes, dont les Rhodiens lui avoient faitprésent, & en couvrit le cadavre. Aprèslui avoir fait rendre les honneurs funè-bres avec la magnificence usitée chez lesPerses, il se mit en marche pour le ven-ger. Le parricide Dessus ne piit échapperà son activité ; U fut pris à quelque diftan-