A L F
’serts pat les fréquentes incursions desbarbares.
Les Danois établis dans d’autres pro-vinces britanniques,étonnés de la généro-sité d 'Alfred, se hâtèrent de lui rendrehommage, & de se déclarer ses vassaux &ses tributaires. Ainsi, dans une feule jour-née & par nue feule victoire , Alfred fitcels.r 1’nppreffisn , la tyrannie & les cri.mes qui ravageaient ses états, reprit sonsceptre, vengea ses sujets & brisa les fersde Í’eíclavage qui les avoient si long-temsenchaînés. Mais les travaux d’ Alfred n’é-toient point finis encore ; son royaume re-conquis, son trône raffermi, suffîloientpour relever au rang des plus magnani-mes héros ; une carrière plus épineuses’ouvroit devant lui, celle qu’il n’appar-tient qu'aux grands hommes, aux roiséquitables, aux génies fi'blimerstde par-courir avec suecès. II régnait à la íérité,mais fur un royaume épuisé , désolé danstoutes ses parties, qui ne présentoir à si syeux étonnés que des ruines , des débris,les déplorables relies de la férocité de sic sderniers usurpateurs , des villes écrasées,des campagnes vouées à l’infertilité , devastes solitudes,des bourgs fans habitans,des champs fans cultivateurs, l’industrieétouffée , le commerce anéanti , les loixoubliées, les mœurs corrompues, l’admi-nistration publique dirigée par l’ignoran-ce, eu par l’avidité plus Funeste que l’i-gnorance , l'indigence, la misere& la fa-mine prêtes à dévorer le reste des sujetséchappés à la barbarie Danoise. Quel af-fligeant spectacle pour le cœur compatis-sant d ' Alfred! & quel autre que lui eût pufeulement espérer de ramener quelqu’or-dre dans í'es états, & de remonter la ma-chine du gouvernement, fi cruellementdégradée, écrasée par tant de violences,de chocs & de secousses ? Ce qu’il y avoitde plus pressant étoit de prévenir de nou-velles invasions,& de mettre les côtes bri-tanniques à l’abri des descentes des pira-tes. Dans cette vue Alfred se hâta de for-mer une marine qui pût servir de défensenaturelle : il fit construire,& perfectionerla construction des vaisseaux ; ensuite ilengagea, par son exemple, ses discours ,des éloges, des récompenses, ses sujets àRappliquer à l’art de la navigation, &àcelui de combattre íûr mer. Cette marinenaissante se signala bientôt parune victoi-
A L F 83
re éclatante contre des pirates Danois quitomberent au pouvoir de la flotte Anglai-se. Ce triomphe acheva d’intimider le'Da-nois, qui ne pouvant plus elpérer de fairedes courses heureuses , furent contraintsde respecter les côtes britanniques, qu’ilsavoient tant de fois insultées.Le moyen leplus prompt ^w'Alfred crut devoir pren-dre pour faire cesser l’indigence qui acca-bloit ses peuples , fut de rétablir le com-merce; & pour y parvenir , il céda auxplus habiles commerqans du royaume ungrand nombre de vaisseaux, qui passanten Asie & ramenant de riches cargaisons,exciterentpiusieurs citoyens à commerceraussi ; en forte qu’en moins d une annéel’Angleterre fut le centre dn commerce del’Europe & de l’Afie. A ces premiers bien-faits succédèrent le rétablissement desbeaux-arts,& la reconstruction des villes.Alfred appella dans ses états, par des dis-tinctions flatteuses, & par l’attvait des ré-compenses , les artistes & les ouvriets lesplus habiles de l’Enrope. II fit élever despalais, apprit à ses sujets à bâtir en pierre& en brique,aggrandit & décora Londres,&la plupart des villes des provinces, éta-blit des manufactures , qui hâtant le pro-grès du commerce britannique, déja très-florissant, animèrent l’agriculture par leproduit que rapportait aux cultivateursl’emploi que l’on faisait des matières pre-mières dans le sein de l'état même. Un roisage, éclairé, peut faire, lorsqu’il le dési-ré, le bonheur de ses sujets ; mais ce bon-heur n’eft que momentané , lorsqu’il neprend point les moyens de perpétuer lesétablissemens utiles qu’il a formés ; car ilest rare alors que lss institutions paflentau-delà de la génération qui les a vu Ré-tablir. Alfred pensa que la feule maniéréde rendre stable & permanente la gloirede son régné, étoit de pénétrer le cœur descitoyens, lors même qu’il ne f ruit plus,duzeleqni l’animoit lui-même pour lessciences, les bcaux-arts, les vertus socia-les, l’amourde la patrie. II n’y a que le se-cours, des études, il n’y a qu’un plan suivict’édncation nationale,qui soient capablesde donner aux jeunes citoyens, & de per-pétuer de race en race les ientimens & leseonroissmees qui doivent distinguer &caractériser tous les sujets d’un même état.Dans cette vue,Alfred érigea des collègesdanj les villes principales & fonda L’uni-