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fenter, mais à lui donner un tour plusdélicat, qui s'éloigne de l'expreftìonvulgaire; c’est en quelque maniéré Faireun compliment obligeant aux personnesRuxquelles on adresse le discours, Vir-gile a eu ce but dans quelques-unes rieses églogues. Ce poète pouvoit témoi-gner fa reconnoissance envers Auguste,& tous les sentimens qu’il exprime dansses élogues , avec autant & plus d’éner-gie, en terme directs. Mais Vallégoriedonne à ses pensées un tour plus fin &plus spirituel. Un homme d’esprit em-ploiera toujours la tournure allégorique,lorsqu’il sera question de louer ou de blâ-mer. Des éloges ou des reproches directsent une dureté qui tient trop du vul-gaire.
Mais l’usage de l 'allégorie acquiertun nouveau degré d’importance, lors-qu’à la tournure délicate on réunit en-core le but de voiler l’objet ou le senspropre, jusqu’à ce que le jugement soità l’abri de toute prévention. C'est le mê-me avantage qu’on retire de l’apologue,& par le même moyen. Tel est le célébrédiscours du consul Ménénius Agrippa,qui par cet artifice fut appaiser la ré-volte des Plébéiens. ( Titt - Live , l.
II, Z--)
Ces deux especes d 'allégories n’exigentnullement une analogie parfaite, & quis’étende à toutes les circonstances. LV-légorie dégénéré en puérilité, dès qu’onveut appuver sor chaque partie de dé-tail. II suffit pour le but qu’on se pro-pose, que la proposition principale qu’onveut établir se retrouve dépeinte dansl’image d’une maniéré intuitive.
On emploie quelquefois \'allégorie uni-quement dans la vue de donner à uneidée plus de clarté , & de la rendre assezsensible pour qu’elle s’imprìme dansl’esprit, & qn’elle n’en puisse être tropFacilement effacée. La pensée que Hallcra exprimée avec une précision philoso-phique: les jouissances accroifent les dé-sirs , Horace l’a rendue sous cette allégo-rie :
Crescit ìmhtlgensJibi dirus hydrops ,
N f cJìtim peílit , nìjì causa morbi
Fugerìt venis, U aquosus albo
Corpore langor. (Od. L. II, 2.)
La première maniéré est pour les phi-losophes, celle-ci est pour tout le mon-de. Ce que 1 ’uné dit à T entendement,
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Vautre le peint à l’imagination. Des allé-gories de cetta espece sont très-nécessai-res , lorsqu’il s’agit d'inculquer d’unemaniéré ineffaçable des vérités généra-les & importantes. C'est ce qui a produittant de proverbes allégoriques , qui tousappartiennent à l'espece dont nous par-lons. Les conditions essentielles sont quel'image soit bien distincte , que pourêtre mieux saisie elle soit prise d’ob-jets connus, & qu’on n’y emploie qnetrès-peu de traits, mais des traits biencaractérisés. Horace a rempli toutes cesconditions dans {'exemple suivant :Stepìtis ventis ugitatur ingensPinus , celse gravìore cafitDécidant turres , feriuntque ftmmos.
Fuhninamontes. (Od. L. II, 10.)
Ces allégories , au reste , ne servent qu’àgraver dans la mémoire des vérités con-nues ; mais ces vérités ont d’autant plusbesoin d’être rendues intuitives , qu’é-tant des notions communes, qu’on peutsaisir fans le moindre effort, c’est, pourme servir de l’ingénieuse expression deWinckelman , un vaisseau qui ne tracesur la mer que des sillons momentanés.Au lieu que ce qui colite quelques effortsà l’esprit, s’imprime plus sûre ment dansla mémoire.
h'allégorie peut encore avoir un butplus relevé, c’est d’énoncer les choses d’u-ne maniéré plus forte & plus expressive ,& de les présenter en mêine temps dansun plus grand jour. C'est ainsi que Hal-ler emploie l 'allégorie de Vétat de chenille,dont nous avons parlé , & que Younga dit :
Mine d’yd svitb thee Philander ! Thylajljìgh dijfolv'd the charm ; thc disenchan*ted earth loft ail her lujlre.
Ma joie a disparu avec toi, cher Phi-lanire ; ton dernier soupir a dissipé le char-me , U la terre désenchantée a perdu setattraits.
Plus on examine ces images de près,plus on leur trouve de vie & d’énergie ; lenombre des idées qui se rapportent àl'objet représenté , augmente à mesureqn’on y réfléchit. Cette espece d'allégorie ala plus grande énergiejcar elle réunit l’eF-fet des sensations, de la brièveté, de laclarté , de la richesse & de la force ; aussiFait-elíe une des grandes beautés de lapoésie. Elle tient même quelquefois lieude preuve. II y a en effet certaines véri-